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Les violons du bal par denizor

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En 1974, Michel Drach réalise enfin un projet vieux de 10 ans et son film le plus personnel : le récit de certains épisodes de son enfance, lui l'enfant juif, pendant la guerre. Le cinéaste le fait avec les Violons du bal d'une manière originale, mélangeant les souvenirs proprement dit (en couleurs, esthétique de cinéma) avec les épisodes à peine recrées des démarches qu'il a effectué pour pouvoir monter son film (en noir et blanc, esthétique de la télévision). Dans le film, son propre personnage joué par Jean-Louis Trintignant évoque Fellini "qui ne filme plus des histoires mais simplement des émotions" mais la liberté de ton et cette double esthétique (avec une paire de chef op', William Lubtchansky et Yann Le Masson) qui mélangent la méta-représentation à la représentation elle-même, le rapprochent plus du travail d'un Lelouch que d'un Fellini - même si, par son sujet, Les Violons du bal peut avoir un petit côté Amarcord : oui Michel Drach se souvient de son enfance.

Il y a donc là la fiction, ici autobiographique, proprement dite et la (fausse) réalité de la mise en oeuvre de ce projet, que Drach évoque non sans humour, tant les Violons du bal a été dur à monter financièrement. Drach a mis toute son énergie et son argent dans ce film ; toute sa famille y a participé (sa femme, son fils) et à la fin, il a gagné : non seulement le film existe et en plus, il a finalement été sélectionné à Cannes avec à la clef, le prix d'interprétation pour Marie-Josée Nat.

A travers cette expérience de production difficile, force est de constater qu'en ce début d'année 70, le sort d'une famille juive n'intéresse guère les professionnels du cinéma qui n'y voit aucun intérêt commercial. Et puis, parler de l'Occupation, des juifs, de rafles et de déportation, c'est aussi évoquer la responsabilité de Vichy, ce qui est encore épineux à l'époque (Lacombe Lucien et l*es Guichets du Louvre* sortiront la même année avec les scandales que l'on sait). Cette responsabilité, Drach l'évoque frontalement lors d'une scène où la mère de Drach (Marie-Josée Nat donc), victime d'une perquisition musclée, croit avoir affaire à la Gestapo, alors qu'il s'agit bel et bien de la police française. Mais le but du film ne réside pas dans cette dénonciation mais plus modestement, dans la simple mise en image de souvenirs personnels, parfois réels, parfois fantasmes d'ailleurs comme chez Fellini (comme cette tenue de marin que porte l'enfant tout le long du film alors qu'il n'en a jamais eu).

A ce titre, plus encore que le récit construit d'une histoire, Les Violons du bal s'apparente à une chronique, montrant des moments de cette enfance dans une époque pour le moins troublée. Evocation simple, touchante, drôle parfois (ne serait-ce par le naturel du jeune David Drach, fils du cinéaste qui joue le rôle de son père, l'humanité de la grand-mère - Gabrielle Doulcet), Les violons du bal n'en demeure pas moins porteur de scènes fortes, notamment l'ultime passage de la frontière suisse où la mère et l'enfant risquent leur vie face aux soldats allemands.

Dernier point : dans sa partie actuelle (en N&B donc), Drach rajoute à son film un épisode subsidiaire (en trop ?) où un gauchiste en fuite (joué par Christian Rist qui joue également son propre frère dans la partie historique) prend en otage sa propre personne (Trintignant donc). Michel Drach fait ici un détour sur l'actualité et évoque les actions militantes des années 70 d'une extrême gauche mise hors-la-loi et traquée par les autorités, tout comme les juifs l'étaient sous Vichy (le choix du comédien et de ses deux rôles participent à mettre en place ce possible parallèle). Mais à travers un Trintignant qui prend cela avec détachement et goguenardise, on ne sait pas avec certitude si Drach prend vraiment au sérieux ce parallèle ou s'il s'amuse à remettre en place cette idée : les gauchistes risquent la prison, là où les juifs risquaient les camps d'extermination, La France de Pompidou n'est pas celle de Vichy.

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