Premier flou [volontaire] et premier coup-d'éclat misogyne [au cinéma]

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Dans ce film, George Albert Smith (The X-Rays, Santa Claus) utilise pour la première fois de sa carrière et probablement de l'Histoire du cinéma le flou de façon volontaire. Il sert la narration et découpe la minute de spectacle en deux parties. Dans la première, un homme élégamment vêtu s’acoquine avec une femme plus jeune déguisée pour le cirque (en Pierrot ou assimilé), consentante et manifestement encore plus ivre. Dans la suite, il est au lit en bonnet de nuit avec sa femme guère affriolante.

Elle est très fâchée d'avoir été confondue dans son sommeil avec l'objet des fantasmes de son mari, ce qui la rend encore plus disgracieuse. Avec elle, c'est sûr, on ne décollera jamais de terre, ni de l'odieuse réalité. Malheureusement le flou ne vient plus à la rescousse. Le film n'est toutefois pas si mesquin qu'il en a l'air, car la touche misogyne cohabite avec un bel hommage, la femme désirable étant Laura Bayley, épouse du réalisateur (la folle de Mary Jane's mishap -1903). C'est déjà plus noble que l'afficher cul nu comme a fait Méliès dans Après le bal avec sa future épouse, déjà cobaye pour Escamotage d'une dame (premiers trucages de Méliès, qui bâtira son œuvre là-dessus).

Cette innovation technique [le flou] interpelle moins que le plan subjectif du même George A.Smith (As Seen through a telescope, La Loupe de grand-mère), le champ/contrechamp de Williamson (Attaque d'une mission en Chine, The Big Swallow), ou la construction opérée pour Le baiser dans un tunnel (1899). Néanmoins elle s'ajoute aux gloires de l'école de Brighton, qui a posé les bases du langage cinématographique moderne, de manière plus décisive encore que les bric-à-brac fabuleux de Méliès (Le Voyage dans la Lune). Du reste, c'est l'une des meilleures comédies présentées jusqu'alors, osant un humour agressif et offensant, quoique commis sur le domaine le plus trivial. Le français Zecca tournera un remake : Rêve et Réalité, projeté en juillet 1901.

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