Will to power

Avis sur Liliane

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Il faut bien le reconnaître, de toutes les garces qui ont jalonné mes nuits de cinéphile, Barbara Stanwyck est sans doute la plus mémorable ! Elle a l'allure, le charme et la désinvolture de celles qui peuvent tout se permettre, des pires crasses au plus vil des coups bas, et il suffit d'un regard ou d'un sourire à demi esquissé pour qu'on lui pardonne tout. Ah là là, que cette femme est dangereuse ! Elle possède tous les atouts pour incarner la plus parfaite des femmes fatales, et elle nous en fait une nouvelle fois la démonstration dans ce film, Baby Face. Car sans elle, ce film n'a pas grand intérêt !

L'histoire se déroule dans l'Amérique du début des années 30, à une période où l'Oncle Sam se réveille douloureusement du coup porté par la crise de 29, sonnant définitivement la fin des années folles et touchant durement toute la population, les plus pauvres, les plus faibles et bien évidemment les femmes. Lily est une sorte de Cozette locale. Elle travaille dans l'un de ces bars clandestins au temps de la prohibition, celui-ci est tenu par son père qui n'hésite pas à l'exploiter sans vergogne et même à la prostituer auprès des ivrognes de passage. Car au fond, il n'y a pas de petits profits. La petite Lily accepte tant bien que mal son triste sort jusqu'au jour où elle croise Nietzsche, enfin elle découvre son œuvre, et se rend ainsi compte qu'elle peut se libérer de sa condition et gravir l'échelle sociale en se servant des hommes, si faibles, si libidineux et si influençables.

Elle s'arrête devant la plus grande banque de la ville et décide de gravir les étages grâce à son charme ! Tour à tour, elle va séduire le portier, le comptable, le sous-directeur puis le directeur arrivant ainsi au sommet de la pyramide. La belle est intraitable, dès qu'elle a obtenu ce qu'elle désire, elle jette l'homme sans ménagement. Machiavélique à souhait, elle ne se laisse ni distraire ni attendrir par quoi que ce soit pouvant freiner son ascension, de la sorte elle reste totalement imperméable aux menaces de suicide ou aux drames personnels de ces hommes rejetés !

La grande réussite du film est de nous proposer une femme fatale pour laquelle le spectateur aura de la sympathie, car devant ses pires forfaits on aura toujours en mémoire ce qu'elle a endurée auparavant, son passé la disculpant presque de toutes ses actions futures ! Contrairement à la plupart des œuvres traitant du même sujet, le personnage ne naît pas arriviste et manipulateur mais le devient par pure nécessité. Une manière de dire que la fin justifie toujours les moyens, surtout en période de crise!
Et puis, il y a le talent indéniable de Barbara Stanwyck qui se glisse avec un naturel déconcertant dans la peau de cette Lily, elle charme véritablement le spectateur qui la suit, complice, dans ses méfaits.

Bon heureusement que Barbara assure car pour le reste Baby Face souffre d'une réalisation extrêmement faiblarde, sans ambition, qui se contente de dérouler linéairement une histoire dont l'on devine rapidement l'évolution. Les relations entre les personnages semblent sommaires, Alfred E. Green travaille peu (voire pas) ses situations et on peut regretter que ces hommes tombent si soudainement sous le charme de Lily, sans parler que certains retournements de situation, très abruptes, paraissent peu probables: comme celui de Trenholm qui passe de l'indifférence à l'amour fou en un clin d'œil! Le film ne dure que 71 minutes, quelques minutes de plus auraient peut-être été préférables pour pouvoir mieux détailler l'histoire.

Passons sur la fin ridicule qui a été imposée par la censure, Baby Face reste un film agréable à suivre, innovant et moderne quant à sa représentation de la personne arriviste et sans scrupules dans l'Amérique de l'époque. Un film terriblement efficace qui aurait mérité une mise en scène un peu plus consistante. On notera pour l'anecdote l'apparition furtive du jeune John Wayne dans le rôle d'un admirateur de Lily mais qui, en raison de sa faible importance dans l'échelle alimentaire, n'intéressera nullement la belle. Un film à voir avant tout pour Barbara, ce qui me paraît être le meilleur des arguments !

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