Sortez les mouchoirs

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Avatar Joël Pince
Critique publiée par le

Quand on a 6 nominations collées au train, le public se déplace ; sait-on jamais ? Alors, je me suis déplacé. D'entrée, quand un film commence par "Tiré d'une histoire vraie", j'ai tendance à me méfier. Car cet avant-propos m'a toujours semblé suspect, comme s'il tentait de voler au spectateur toute vélléité d'opinion. Un film n'est jamais une histoire vraie, tout comme l'histoire n'est jamais l'Histoire, mais une interprétation de celui qui raconte.
On est d'emblée sous le charme de Sunny Pawar, Saroo jeune. Sa façon de prononcer "Guddu" est tout simplement désarmante, ses yeux qui lui mangent le visage (et l'écran), nous privent de toute liberté : le spectateur est happé par une histoire misérabiliste sûrement proche de la vérité quotodienne de milliers d'enfants d'Inde et la péroraison du film nous cloue définitivement : 80 000 enfants perdus par an en Inde ! Une ville moyenne en France !
Alors bien sûr, Saroo a une chance insolente dans son malheur :

il évite tous les malheurs des enfants de sa condition, l'exploitation de l'enfance, la rue... et se retrouve en Australie auprès d'un couple qui a choisi de ne pas avoir d'enfants et d'en adopter.

La grande réussite du film, c'est de nous associer intimement au mal-être de Saroo devenu jeune adulte. Rattrapé par son passé, il tombe dans une addiction qui le mine : retrouver sa famille de sang. Et on suit cette descente qui pourrait l'achever jusqu'à la remontée brutale à sa surface. Une renaissance. On regrette de ne pas en connaitre plus sur Mantosh, son "frère" d'adoption. Il aurait été intéressant, peut-être, de creuser cette relation entre ces deux enfants, issus d'une même région du monde, mais dont le passé qu'on suppose radicalement différent mine le présent.
Mais le grand écueil sur lequel le film s'échoue, c'est quand même le pathos. Car Garth Davis en fait des tonnes. Tout d'abord en s'apesantant bien sur l'enfance de Saroo. On a droit au lent glissement de l'enfant dans la misère, son extraordinaire capacité à décrypter son environnement aussi.

Ainsi, il sait éviter les dangers de la rue, même ceux pour lesquels il n'a pas les moyens qu'ont les adultes pour les repérer

. Ensuite dans les fréquents rappels de ses chers disparus qui le hantent.
Le spectateur n'a qu'un choix restreint : se plonger dans les quelques Kleenex qu'il trouve heureusement dans ses poches, ou refuser de suivre l'auteur dans cette recherche de l'émotion.
Nicole Kidman est surprenante de simplicité dans ce rôle de mère courage. David Wenham est plus anecdotique. Dev Patel remplit bien son contrat. Mais je trouve le sujet bien trop survolé. Et ce ne sont pas les dernières images du film qui m'aideront à améliorer mon opinion...
Bref, un beau film quand même, mais pas franchement indispensable et qui aurait gagné à jouer moins sur le tire-larmes.

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