👉 20 mai : Mise à jour de notre journal de bord (qui devient hebdo)
Le bilan de la nouvelle version du site est accessible ici.

L’idée, sans être foncièrement novatrice, avait quelque chose d’assez amusant : des chercheurs mettent au point une fleur dont les effluves agissent comme un euphorisant qui permettrait d’accéder au bonheur. Pour aboutir à un tel résultat, on bride les capacités de reproduction du végétal, mais la nature trouvant toujours un chemin (souvenons-nous du mantra issu des maximes de Jurassic Park), la plante va développer des aptitudes inquiétantes pour assurer sa pérennité.

L’exposition du thriller est plutôt efficace : un cadre clinique, une protagoniste davantage mère de sa création que de son propre fils, et des responsables prêt à sacrifier les questions d’éthique sur l’autel d’un profit substantiel. L’image, ultra nette et immaculée, traduit avec efficacité cette nocivité capitaliste qui se cache habilement derrière une supposée quête du bonheur faisant de nous des moutons aseptisés.

Reste à transformer ces graines de récit pour dépasser un court métrage : s’engage ainsi un thriller à conséquences multiples (sur le fils, donc, mais aussi les collègues, plus ou moins consentants, plus ou moins complices), un vague soupçon à l’endroit de la protagoniste qui, marmoréenne, a arraché le prix d’interprétation à Cannes sur un jury qui a dû respirer la même fleur que les personnages pour se laisser abuser à ce point.

Le reste n’est qu'afféteries : un cadre pseudo chirurgical et répétitif (ce zoom sur la plante qui exclut les protagonistes humains parlant autour d’elle), des sourires suspects, des silences pesants et une musique proprement insupportable, nous expliquant à chaque seconde qu’il est temps de s’inquiéter, dans une atmosphère d’art contemporain low cost (flute traversière, gros KLONK de percussions et remixages d’aboiements de chiens, parce que pourquoi pas, y’a bien un canidé personnage), et faisant aussi fonction de jumpscare de temps à autre, au cas où l’audience s’endormirait devant tant de vanité. S’ajouteront des scènes face à une psychiatre qui permettra de dépasser la honteuse durée de 90 minutes, et d’alourdir les explicitations verbeuses d’enjeux qu’on avait compris depuis fort longtemps.

Le vilain boss avait expliqué que l’accès au bonheur (et, évidemment à la formidable manne que cette nouvelle drogue va générer) est inconditionnel : qu’importe qu’ils soient aliénés, « du moment qu’ils sont heureux ». Jessica Hausner semble s’être dit la même chose à propos de notre angoisse, sous-estimant un peu trop son public.

Sergent_Pepper
5
Écrit par

Cet utilisateur l'a également ajouté à ses listes Cannes 2019 : Sélection officielle, compétition et Cannes 2019

il y a 2 ans

24 j'aime

4 commentaires

Little Joe
Rolex53
6
Little Joe

Parfum Sauvage

C'est un beau film, plein de nuance très effrayante, avec une Actrice Emily Beecham remarquable, dans un rythme lent, idéal pour la pousse de cette jolie fleur, dont-ils ne se sont pas assez méfié,...

Lire la critique

il y a plus d’un an

14 j'aime

Little Joe
Electron
7
Little Joe

Oh happy days !

Alice (Emily Beecham) travaille dans le laboratoire d'une entreprise qui fournit des plantes très travaillées à des établissements qui ne manquent certainement pas de moyens financiers. Concrètement,...

Lire la critique

il y a 3 ans

11 j'aime

1

Little Joe
Jduvi
7
Little Joe

Paradis artificiel

Ce qui frappe en premier lieu dans Little Joe, c'est le jeu sur les couleurs. On peut adorer ou détester, mais il y a là incontestablement un part pris esthétique, ce qui, pour moi, est toujours le...

Lire la critique

il y a 2 ans

9 j'aime

Lucy
Sergent_Pepper
1
Lucy

Les arcanes du blockbuster, chapitre 12.

Cantine d’EuropaCorp, dans la file le long du buffet à volonté. Et donc, il prend sa bagnole, se venge et les descend tous. - D’accord, Luc. Je lance la production. On a de toute façon l’accord...

Lire la critique

il y a 7 ans

706 j'aime

103

Once Upon a Time... in Hollywood
Sergent_Pepper
9

To leave and try in L.A.

Il y a là un savoureux paradoxe : le film le plus attendu de l’année, pierre angulaire de la production 2019 et climax du dernier Festival de Cannes, est un chant nostalgique d’une singulière...

Lire la critique

il y a 3 ans

646 j'aime

46

Her
Sergent_Pepper
8
Her

Vestiges de l’amour

La lumière qui baigne la majorité des plans de Her est rassurante. Les intérieurs sont clairs, les dégagements spacieux. Les écrans vastes et discrets, intégrés dans un mobilier pastel. Plus de...

Lire la critique

il y a 8 ans

578 j'aime

53