Liberté d'aimer

Avis sur Liz et l'Oiseau bleu

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/!\ Attention : cette critique dévoile des points clés de l’intrigue du film …

/!\ Attention : cette critique n’en ai pas vraiment une. Il s’agit plus d’une analyse personnelle de l’œuvre. Parce qu’a part encenser ce film sur des lignes et des lignes, je ne serais pas capable de nuancer mes propos. En effet, à chaque fois que je regarde un film, je cherche toujours au moins un point positif et un point négatif, que j’ai adoré le film ou que je l’ai détesté. Mais avec Liz et l’oiseau bleu, j’ai un problème : je ne trouve aucun point négatif.

Aussi, je vous conseille la magnifique critique de Edelwice.

Mon amour pour elle l’a privé de ses ailes. Ces ailes qui peuvent l’emmener où bon lui semble. Oh mon Dieu, pourquoi … m’as-tu montré comment ouvrir la cage ?

Dualité, ambiguïté, liberté, passion. Finalement tout peut se résumer à cette scène. Toute sa puissance et sa complexité. Liz et l’oiseau bleu est un film qui parle avant tout d’amour et de passion. D’amitié, d’émancipation, de liberté. Ouais … de liberté … Ce film nous apprend à être libre. À être libre d’aimer et à aimer être libre. À savoir libérer ceux qu’on aime ou se libérer sans s’arrêter d’aimer. Et tout cela, il nous le dit simplement, sans artifice. Il nous raconte à la fois la vie ordinaire et celle des contes sans jamais en dire trop, sans jamais en rajouter, sans jamais surjouer. Il nous raconte l’essence même des relations. Il est un tout unique, multiple.

Vous l’aurez compris, je suis très attaché à ce film. J’aime ce film. Parce que ce film me parle. À moi. Directement. J’ai l’impression qu’il créé un lien fort entre nous. Et à travers ce lien, il m’explique des choses sur moi-même, sur la vie, sur les Hommes. C’est ce genre de film devant lesquels je me dis : « Waw ! On peut faire ça avec l’animation ? ». C’est ce genre de film devant lesquels je me dis : « Waw ! On peut faire ça avec un film ? ». C’est ce genre de film que je n’oublierais jamais. En fait, en une simple phrase : Liz et l’oiseau bleu est mon film d’animation préféré.

C’est un film qui a réussi à m’émerveiller tout en restant simple. Juste en prenant son temps. Pas de monde fantastique, pas de monstre effrayant ou de cité grandiose. Seulement deux jeunes filles en terminale. Deux amies, musiciennes dans l’orchestre de leur lycée. Deux personnages très différents mais envieux de l’autre. Mizore est une fille réservée. Elle joue du hautbois et excelle dans sa pratique. Toute sa vie tourne autour de cet instrument et de la fille pour laquelle il est le lien. Joueuse de flûte traversière, Nozomi est quant à elle beaucoup plus énergique. Et, au centre de ces deux protagonistes, il y a ce concerto que jouera l’orchestre au prochain concours national et dont elles sont les 2 solistes. Une pièce qui reprend un conte. Celui de Liz et l’oiseau bleu.

Et je n’ai pas besoin de vous en parler plus pour vous présenter l’un des points les plus importants de ce film : les personnages. Tous sont complexes. Ce ne sont pas juste des préjugés ou des stéréotypes. Ce ne sont pas des personnages quelconques. Ici, nous avons affaire à de véritables personnes, non construites sur un modèle existant mais plutôt au charactère nuancé et recherché. On nous présente de jeunes filles vraies. Parce que ce film est un film qui veut nous offrir à voir une vie vraie. Une vie véritable. Nous sommes seulement de simples observateurs du quotidien de ces deux lycéennes. Nous sommes comme devant un film qui semblerait « fragile ». On croirait le regarder au travers d’une paroi de verre. Nous restons discrets, à notre place devant ce spectacle de la vie simple. Humblement, nous regardons. Car c’est humblement que Naoko Yamada, la réalisatrice, comme elle sait si bien le faire, nous montre ses personnages et leurs univers. Aucun point de vue particulier n’est donné ou imposé. Aucun jugement n’est prédéfini pour tel ou tel personnage.

Alors nous nous laissons happer par ce flot d’images du réel. Nous épions chaque faits et gestes mais nous écoutons aussi. Chaque bruit, chaque son, chaque note. Elle pose sa housse, l’ouvre, prépare son instrument. Et c’est parti. Le conte peut commencer. Un conte qui nous raconte quelque chose d’étrangement similaire à la vie réelle : une jeune fille solitaire, Liz, qui rencontre une autre jeune fille beaucoup plus énergique. Et là, les histoires se mélangent, les personnages aussi. Ils étaient déjà très profonds, complexes et intéressants, mais deviennent maintenant multiples. Liz, à travers ces manières, son comportement, sa façon d’être, ressemble à Mizore. Parallèlement, l’oiseau bleu possède de nombreux traits de Nozomi. À d’autres moments, ce sont les deux personnages du conte qui se ressemblent … Cela est d’ailleurs d’autant plus souligné en VO car les personnages de Liz et de l’oiseau bleu sont doublés par la même actrice vocale. On se retrouve devant les différentes facettes d’une même amitié, d’un amour commun, les différents profils d’un personnage. 1 personnage en devient 2, 2 en deviennent 4. Et on se retrouve plongé dans l’histoire imaginaire de Liz et de l’oiseau bleu. Ou peut-être est-ce la réalité ? On ne sait plus … et alors 4 personnages en deviennent 1.

Le film joue constamment avec cette question : où se sépare le conte de la réalité ? Ce personnage n’est-il pas une représentation de cet autre ? Leur relation n’est-elle pas la même ? Et grâce à ce méli-mélo, à travers le conte, on va pouvoir comprendre, en même temps que Mizore et Nozomi, les liens qui les unissent dans le monde réel, les sentiments qui les prennent, les émotions qu’elles ressentent. Tout comme je me surprend à en apprendre beaucoup sur moi-même en regardant ce film, les deux jeunes filles vont en apprendre beaucoup sur elles-mêmes en jouant la musique de Liz et l’oiseau bleu et en découvrant l’histoire qui y est associée.

C’est le commencement. C’est au travers de ce conte qu’on voit apparaître ce qui me semble être le sujet central du film : la liberté, l’amour. La liberté d’aimer. Aimer être libre. Parce que, dans le conte, même si aucune d’entre elles ne le souhaite, vient un jour où les deux jeunes filles doivent se séparer. Alors, dans le monde réel, nos deux terminales craignent, chacune à sa manière, le moment où elles devront partir sur des chemins différents. Chacune à sa manière car, par leurs personnalités très différentes, les lycéennes ne perçoivent pas du tout leur relation commune de la même façon. Cette relation à trois points : Mizore, Nozomi et la musique, sorte d’intermédiaire entre les deux filles.

Car c’est grâce à la musique qu’elles réussissent à vraiment communiquer, c’est à travers la musique que leurs sentiments ont la possibilité de s’exprimer. Les instruments sont presque des personnages en soit. Ils représentent le lien entre les Hommes. Et c’est justement ça. Même si les lycéennes adorent toutes deux la musique, pour chacune d’entre elles, celle-ci ne représente pas la même chose. Pour Nozomi, la musique est un loisir. C’est un plaisir, un amusement. Pour Mizore, cela représente tout, c’est sa vie. Parce que le hautbois est le symbole de l’amitié qu’elle entretient avec Nozomi.

Mais cette amitié les met à rude épreuve autant l’une que l’autre. En effet, cette amitié révèle et reflète les propres défauts, les propres faiblesses de chacun des personnages. Et c’est bien ça qui nous énerve, qui nous agace chez les autres. On y voit leur niveau que l’on ne pourra jamais atteindre, tel le bleu du ciel, que l’on ne pourra jamais explorer … contrairement aux oiseaux. On y voit cette forme, cette ombre inatteignable, cette limitation de nos possibilités. Mizore est une musicienne d’excellence, capable de faire de son instrument un outil de travail, un avenir. Ce n’est pas le cas de Nozomi. Et cela est d’autant plus dur pour les deux jeunes filles que ce dernier point est probablement ce qui va décider du futur éloignement de leurs chemins respectifs … Ainsi, cette amitié, ce lien, cette relation, parce qu’elles craignent tellement leur séparation, bride le potentiel de chacune des deux lycéennes. Même si elle ne veut pas forcement l’accepter tout de suite, notre flutiste l’a compris. Elle a compris la nature de sa partenaire. Mizore est l’oiseau bleu. Et la plume qu’elle lui a donné n’est plus une proposition d’envol, mais bien une prison.

Mais alors que le solo se termine, Nozomi et son ombre ne font plus qu’un pour Mizore. Mizore et la représentation qu’elle en avait ne font plus qu’un aux yeux de Nozomi. Et, soutenu par tout l’orchestre, comme leur solo, une amitié se redéfini alors. Et c’est ainsi que le film nous amène à réfléchir à de nombreux sujets. Qu’est-ce-que l’amour et la passion ? Comment lier les deux sans que l’un n’empiète sur l’autre. Comment les deux se répondent mutuellement, se nourrissent de l’autre. Et ainsi, Est-ce-que l’amour, c’est être ensemble ? Ou au contraire est-ce qu’aimer, ça ne serait pas libérer … et se laisser libérer … ? Est-ce qu’aimer, ça ne serait pas prendre son envol laisser les gens s’envoler, malgré le manque et la souffrance que cela créé. Ne pas trop s’attacher, au sens physique du terme, au gens que l’on aime. Accepter les choix de l’autre même si cela pénalise notre relation commune. D’où l’importance de la communication, de l’écoute, du partage. Est-ce que l’amour, ça ne serait pas ne pas pouvoir s’empêcher de pousser l’autre à aller jusqu’au bout de ce qu’il peut faire, à aller au plus haut. Pour que chacun d’entre nous, tout comme notre relation, puisse se joindre, s’accomplir … S’équilibrer.

Cette critique a été très compliquée à écrire. Comment parler d’un film qui nous est si chère et qui nous touche autant ? Comment défendre l’un de ses films préférés ? Et il y a plein de choses que je n’ai même pas abordé : les sublimes musiques, le lyrisme fabuleux, les superbes couleurs, la beauté des dessins. Alors, je vais maintenant, tant bien que mal, essayer de conclure.

Liz et l'oiseau bleu est un film incroyable dans sa réalisation, sa musique, ses personnages.Il vous présente une danse. Celle de personnages qui s’aiment. Et qui s’aiment tellement qu’ils vont devoir apprendre à être libre. Libre d’aimer sans cages, ni restrictions. Cela me rappelle d’ailleurs l’histoire de Takaki et Kanae dans 5 centimètres par secondes de Makoto Shinkai. Bref.

Regardez Liz et l’oiseau bleu pour y voir cette danse fragile, que l’on veut enregistrer juste avant qu’elle ne disparaisse. Cette danse de la vie, au rythme d’un quotidien simplement extraordinaire, au rythme des pas de deux jeunes lycéennes en terminale. Cela me rappelle d’ailleurs les bruits de feuilles qui tombent sur le chemin dans Paterson de Jim Jarmusch. Bref.

Regardons Liz et l’oiseau bleu et dansons. Dansons jusqu’à être libre. Soyons libre. Libre d’aimer comme bon nous semble, qui bon nous semble, où bon nous semble, maintenant. Soyons libre de libérer les autres, même si cela fait mal. Accordons-nous. Jouons ce thème. Libérons-nous.

Envolons-nous.

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