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Avis sur Locke

Avatar Anomaliza
Critique publiée par le (modifiée le )

Voilà un film qui débarque au hasard, sans aucune promotion avec une affiche à la "Drive" et un titre n'évoquant rien si ce n'est l'enfermement/l'isolement, ce qui n'annonçait, pour moi, rien de bon. L'à priori principal étant basé sur le film d'action classique avec pour formule : cause/conséquences/résolution en passant par les cases explosions, prison, copulation et zéro expression de l'acteur principal -histoire de se "débrancher le cerveau" pour certains, ou de mourir d'ennui pour d'autres-, et pourtant.

Pourtant, les personnes venues chercher de l'action à la "Transformers" ou "Le Transporteur" quitteront bien vite la salle, car ce huis clos s'applique point par point, minute après minute, à démonter TOUS les codes du film d'action cliché et prévisible, pour nous servir le -excusez du peu- drame shakespearien d'un homme dont la vie va basculer en une nuit, suite à un choix décisif.

Qu'on se le dise, ici tout repose sur les bases du théâtre que sont le texte, le silence et les acteurs : de fait, les voix des personnages (avec lesquels Locke communique uniquement par téléphone) sont de précieux outils au spectateur qui découvre petit à petit la psychologie complexe de chacun, se plait à imaginer leur environnement, leur physique, leur caractère et le lien particulier qui les rattache à Ivan Locke.
La direction d'acteurs est donc primordiale (VOST recommandée), puisque tout se joue sur un souffle, une tension, un appel en attente, un tremblement de voix, le moindre indice qui nous permettra de comprendre dans quoi s'embarque Tom Hardy.

C'est donc, lancé à près de 150km/h sur une autoroute de Londres, que ce crescendo d'émotions nous dévoile les différents interlocuteurs détenant les informations capitales à la compréhension de l'intrigue et du héros.
Ainsi, de simples spectateurs passifs et extérieurs à l'action, nous devenons acteurs du puzzle qui se construit sous nos yeux, éveillant notre curiosité au moyen d'une mise en scène subtile et dynamique, de dialogues ciselés et percutants et d'une psychologie dense car pleine de paradoxes.

Littéralement suspendus aux lèvres de Tom Hardy, nous assistons, haletants et impuissants, au bal des démons surgissant des temps passés, présents et futurs. Vibrant au rythme des conversations et des humeurs de Locke, de réussites en échecs, le spectateur se surprend alors à redouter la moindre faute d'inattention qui provoquerait l'accident fatal : ruinant toute possibilité de résolution de ce chaos intérieur.
En effet, ce voyage interminable devient le sas, le purgatoire, d'un homme jugé pour ses actes, ses mots et son passé. À la croisée des chemins, tout bascule pour un choix personnel, une seule initiative prise en quinze ans. Et si cette décision, entrainant des conséquences irréversibles (positives ou néfastes), pouvait laisser présager des pistes de résolution un peu faciles, on avoue craindre la déception à chaque virage nous rapprochant de la fin, en vain.
Car rien ici n'est prévisible, convenu ni surjoué : tout est dans la justesse, la subtilité et l'émotion pures tandis que nous faisons face à un homme incapable de dévoiler ses sentiments, de perdre son sang froid en public, au travail ou en famille.

Pour conclure, il s'agit là, je pense, d'une performance cinématographique qui prend le risque d'enfermer un acteur dans une voiture pendant 1h30, avec pour seuls accessoires, un téléphone et son charisme. Et parvenir à fasciner l'auditoire en passant des coups de fil au volant, au cinéma, en 2014, cela relève de la prouesse : du spectacle vivant, du théâtre, même.
Et là où certains diront que "théâtre" rime avec illusion, prétention et faux-semblants, je leur répondrai qu'il peut briller avec émotion, beauté et humanité, ce que le cinéma, contre toute attente, à su nous prouver ici.

Alors merci à ce genre de films d'exister, à Tom Hardy pour son interprétation hors normes et aux spectateurs de ce soir qui ont vibré, ri et pleuré avec moi, avec nous. Car le cinéma, comme tout art, se définit de mille et une façons, et pour cela, merci de le(s) réinventer sans cesse.

Pour la peine, on y retourne la semaine prochaine.

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