Lame en peine

Avis sur Logan

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1999. Le genre super héroïque, jusqu'ici raillé et catalogué stupide et régressif, connaît un tournant décisif. X-Men de Bryan Singer cartonne et le public suit : effets spéciaux, acteurs, scénario, tout est encensé. Spécialement la portée du message, jamais trop intellectualisé, jamais perdu de vue. Le film redéfinit les décennies à venir. 2017. "Ta mère prenait un comic un peu trop au sérieux". Hugh Jackman, presque 20 ans après, boucle la boucle dans une tirade ironique méta à souhait : dans le film, un comic X-Men atteint une dimension biblique, montre la voie à suivre. Comme le premier opus en son temps. Le long métrage de James Mangold est lui ici pour proposer une alternative au genre qui règne aujourd'hui en maître incontesté sur le box office. Exit les explosions à outrance, la fidélité étouffante au comic book et le cahier des charges sapant de Marvel : Logan rebats les cartes et fait d'un road movie sur fond de western fantastique un énorme morceau de cinéma. Peu de saga peuvent se vanter de connaître meilleur chant du cygne.
Un vieux barbu roupillant dans sa voiture se réveille : des voyous la démonte à l'extérieur. Il tente de négocier, mais n'a même pas le temps d'achever sa phrase et reçoit une balle à bout portant. Le sang gicle, le barbu s'effondre. Puis se relève. Il sort ses griffes et massacre les voyous. Il titube, il jure, il remonte dans sa voiture et s'en va. Les profondeurs d'une nuit sans lune l'engloutissent. Où comment résumer un film entier dans son introduction.
Nous retrouvons Logan dans un futur proche, 2029. Il veille sur un Charles Xavier mourant, délirant et de fait dangereux. Tout deux ambitionnent de partir en mer, pour disparaître, comme leurs confrères mutants. En effet, ils sont les derniers survivants de leur espèce supérieur. Du moins c'est ce qu'ils croient...
Simple et direct, le scénario adopte la forme d'un road movie et bâtit patiemment la cathédrale de douceur amère et de violence sèche que sont Logan le film et Logan le personnage. A ce titre, Hugh Jackman s'offre une partition parfaite, physique, intense et nous semble bien loin du jeune loup qui faisait un doigt en adamantium du premier opus. Son parcours semé de violence est ici à son apogée : hantés par la peur de causer des souffrances, Logan le film et Logan le mutant (oui, ça va être dur...) font le bilan auprès d'un dégénérant Patrick Stewart, au summum de son interprétation du médium nonagénaire... (c'est dit dans le film, c'est cool comme mot) Qu'a été Wolverine, sinon un animal qui n'a jamais profité de la famille qu'on lui a offert ? Qui a-t-il sauvé hormis lui même lorsqu'il n'a eu de cesse de tuer et de fuir ? "Tu m'a grandement déçu" lui confesse Charles. Logan, c'est l'occasion pour le mutant de se racheter, d'accomplir quelque chose de grand, de soutenir la naissance d'une nouvelle génération et d'agir en ami, en frère. En père. Pourtant, Wolvie ne peut échapper à sa nature et encore moins à son monde injuste qui punit "les erreurs de Dieu" comme lui (le film contient de nombreuses références christiques). Le combat de l'immortel contre cette spirale de violence est dépeint par des scènes de boucheries extrêmes : plus saignant que jamais, Logan s'offre quelques décapitations bien senties et des séquences d'actions virtuoses ; confer la meilleur scène du film qui décidément prouve qu'arrêter le temps est le meilleur moyen de faire une scène qui a de la gueule.
Mais ne pas foncer tête baissée : Logan n'est pas un film d'action. C'est un western, un récit de voyage et de rédemption, comme témoigne les citations directes à L'Homme des vallées perdues. Ainsi le long métrage de 2h17 est plus un drame qu'autre chose, une plongée dans les yeux tristes d'un homme qui a tout raté, d'un jeune fille qui n'a pas eu le droit d'être enfant (formidable Dafne Keen), d'un vieillard qui tente de faire survivre l'espoir au travers de sa carcasse. Une tristesse constante qui tire la bourre à un espoir pointant à l'horizon. Des passages désespérés donnant d'autant plus de sens aux ahurissants morceaux de violences graphiques : les scènes d'actions ne sont jamais gratuites, elles sont le résultats d'une haine bouillonnante, que provoque un scénario des plus sadique et malmenant. Un film de super sans héros généreux et posé, qui fait confiance en l'amour de son public pour ses personnages, esquivant le film de pose où le lacrymal, assumant ses parti pris jusqu'au bout pour un résultat bouleversant. On regrette donc le final hystérique et inutilement long (qui a le mérite de déboucher sur une toute dernière séquence, parmi l'une des plus tristes que le cinéma grand public a proposé ces dernières années) et les quelques ventres mous. Au lieu de se plaindre, réjouissons nous de la richesse de fond, intacte et même renouvelée, parlant toujours de la haine incompréhensible de la différence, enrobée d'une histoire Z aux méchants très méchants (éjectés par le film, malheureusement). Comme le premier X-Men en son temps.
Mais ce temps est révolu, et Logan propose une nouvelle révolution : un semi blockbuster intelligent, bouleversant, prenant, déchirant. Le tout pour clore un chapitre tout entier de l'histoire du cinéma.

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