Les petits plans dans les grands.

Avis sur Logan Lucky

Avatar Sergent Pepper
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Dans un système aussi étouffant que celui des grands studios hollywoodiens, le cas Soderbergh a quelque chose de fortement séduisant : un cinéaste de talent, qui imprime sa patte, des casting all-stars de potes à sa cause et de ce fait une liberté de ton assez large.

En découle chez l’énergumène une sorte de nonchalance qu’on a vu accroître au gré de sa série Ocean’s : le sérieux est loin d’être au programme, ce qui, reconnaissons-le, est la plupart du temps réjouissant, mais peu aussi caresser gentiment les rivages du foutage du gueule.

Logan Lucky joue parfaitement de cette ambivalence. Film foutraque, il brandit sa modestie et son indépendance en indexant sa tonalité et ses maladresses sur celles de ses protagonistes. Braquage chez les pécores, où l’apathie et les ratés vont être les principaux ressort d’une comédie un sans grande énergie.

Bien entendu, on peut tirer à boulets rouges sur pas mal d’éléments du film : son rythme, assez inégal, et surtout son écriture qui n’a pas fait de la crédibilité un critère discriminant. Le principal problème réside dans cette façon pourtant revendiquée de distiller les ellipses : on perd le spectateur par des manques qu’on finira par lui expliquer (on reste clairement sur le modèle des Ocean’s, donc), mais d’une manière assez laborieuse. Surtout, on peine à attribuer aux attachants bras cassés de telles aptitudes à la planification, et cet écart entre leurs caractéristiques et la mécanique du récit est de plus en plus criant à mesure que l’intrigue se dévoile.

Mais si l’on se montre tolérant sur ce domaine, le film reste plaisant. Parce qu’il joue avec cette facilité au point de frôler le cartoon : ces complicités multiples, cette solidarité générale d’une prison entière, cette capacité à jouer aux pompiers, à investir tous les lieux possibles jusqu’à l’ubiquité ont quelque chose d’une cour de récréation géante assez réjouissante. La BO, rock et chromée, ajoute à cet aspect clipesque qui joue donc d’une nouvelle duplicité : certes, la lose est dans la place, mais on nous mettra tout de même les petits plans dans les grands.

De même, la galerie de portraits distille une satire plutôt agréable, fustigeant pêle-mêle le sort des vétérans, la beaufitude, les beauty pageant, les petits chefs ou les demeurés les plus bovins. Et c’est sur cet aspect que le film l’emporte : si l’on a déjà souvent vu Tatum en pro de l’auto-dérision, le voir rejoint par Adam Driver et Daniel Craig, plus novices sur ce registre, est la grande malice du projet. Rivalisant de jubilation dans les accents et l’aspect rustre de leurs personnages, les comédiens s’amusent clairement.

Par ce projet un peu branque, dans lequel toute la petite bande donne l’impression de bien s’amuser, Soderbergh table donc avant tout sur la contagion. On a beau ne pas être dupe, elle arrive à prendre.

(6.5/10)

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