"Lola", de Jacques Demy : l'infinie possibilité du rêve

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Lola

Film de Jacques Demy

Avec Anouk Aimé, Marc Michel, Jacques Harden, Alan Scott, Elina Labourdette

La ressortie de "Lola", en version restaurée, permet, longtemps après, de se coller à la fascination envoûtante de ce film, le premier et sans doute le meilleur de son auteur. Il permet surtout, derrière le charme immédiat qu’il exerce sur le spectateur, de prendre la mesure de ce qui fonde son originalité, pour en faire l’un des films les plus indémodables de la Nouvelle Vague.

Lola est avant tout un film fait d’une hybridité qui ne se mesure sans doute pas au premier coup d’œil, tant la légèreté, la grâce qui l’habite, s’offrent à nous de façon unie. Le caractère bien trempé de ses personnages principaux, les certitudes sur lesquelles ils naviguent (l’assurance d’être un raté pour Roland Cassard, l’attente obstinée du retour de Michel pour Lola), s’ils posent des psychologies inamovibles au départ, n’empêchent aucunement les effets de surprises, qui sont la nécessaire matière d'une fiction qui avance. Ainsi, la rencontre souriante de Lola avec Roland a la force d'une spontanéité qui va donner une orientation majeure au récit.

Cette hybridation tient beaucoup à la forme même du film : constamment prêt à basculer, de la comédie à la mélancolie, du thriller au drame sentimental, du rire aux larmes. Son allure, mouvante comme de délicates vagues, est liée à la mobilité incessante de sa caméra, qui capte les mouvements des personnages, pris dans ce qui fait la force principale du film : l'art des croisements, cette façon souple - reflet d'une maîtrise de la mise en scène mais aussi génie de la légèreté - de faire avancer des personnages qui entretiennent entre eux des liens secrets, ou qui donnent la possibilité au spectateur d'opérer lui-même ces correspondances en identifiant les protagonistes pris dans ce flux.

"Lola" est dédié à Max Ophuls : si la référence à "Lola Montès" vient à l'esprit, c'est beaucoup plus vers "La ronde" qu'il faut se tourner pour établir une influence patente. Là où la structure savante de "Lola Montès" repose sur l'éclatement d'une forme au départ statique (la position de Lola), "La ronde", tout entier en mouvements, en arabesques, brasse les conduites de ses personnages dans un tourbillon de croisements, de rencontres. (...)

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