Un Américain a pas ri.

Avis sur Love

Avatar Kiwiwayne Kiwinson
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Histoire d’un aller et retour…

Officiellement annoncé il y a un an, le nouveau film de Gaspar Noé aura, à l’instar des autres œuvres du cinéaste, fait couler beaucoup d’encre. Présenté comme le film pornographique ultime, « Love » aura pourtant su garder son mystère, affiches racoleuses, bande annonce énigmatique… Le plus grand provocateur du Festival de Cannes nous aura laisser baver, mais finalement, ce film qu'il trimballe depuis bien longtemps déçoit les attentes, tout en les dépassant allègrement.

« Love » se rapproche plus d’un mélodrame de chambre, un décollage au dessus de l’intimisme, une exploration pleinement loufoque et gracieuse des sentiments. Un film sur les cœurs, sur les larmes, sur les souvenirs, un long flashback, un puzzle à l’atmosphère inégale, qui n’obéit à aucun ordre chronologique. Noé explore les pulsions, survole l’intimisme, capte la mélancolie des corps, sans pour autant nous placer dans une position de voyeurisme, sans qu’aucune séquence ne soit gratuite. Et l’audace est formelle, frappante dès le départ, l’atmosphère puissante, valorisant les personnages avant tout.

Vertige de l’amour, extase de la chair, esthétique hallucinante, caractère ultra-graphique, on se donne rapidement à ce lit de grâce, nappé de sensualité, allant au delà des corps, contemplant l’amour, le vrai. Werner Rainer Fassbinder disait qu’un bon mélodrame devait comporter sous sa plume « du sang, du sperme, et des larmes », trois liquides qui composent la filmographie de Gaspar Noé, qui lui même parlait de « Love » comme « un film qui fera bander les mecs et pleurer les filles ». Sauf qu’ici, le sang s’absente, laissant éclater les deux autres dans le ballet de la couleur. Le film est simple, extraordinairement limpide, avec peu de dialogues, il parle avec les images marquantes. Le monde extérieur est placé sous silence, « Love » est un film pour les sensations, qui se dévoue entièrement aux rapports humains.

Et justement, l’ombre de Noé plane en permanence, le personnage principal du film -symboliquement nommé Murphy - est un cinéphile un peu looser émerveillé par « 2001 : L’Odyssée de l’Espace » (film dont Gaspar Noé est un fidèle fanatique), il utilise un vieux boitier de VHS de « Seul Contre Tous » pour cacher ses souvenirs, il veut nommer son fils Gaspar… Et Gaspar Noé se donne lui même le rôle d’un galeriste que Murphy regarde d’un œil méprisant. S’écoule un certain ridicule qui se marie facilement à l’ironie, à un comique poussé qui se révèle miraculeusement drôle. D'autant plus que le réalisateur semble manifester avec ce parti pris son incapacité à être pleinement à la hauteur de ses fantasmes.

« Love », c’est l’histoire d’une rencontre, d’une disparition, d’un bonheur, d’un échec. C’est le récit improvisé, sans ride, un cri qui ensorcelle, une entrée dans un tunnel sans fin, un voyage au bout de corps. Et c’est là que l’on peut saluer l’utilisation de la 3D relief, Noé s’en donne à cœur joie. Éjaculation face caméra, spleen… Il va même jusqu’à réutiliser ce fameux plan de « Enter The Void » où la caméra rentre littéralement dans un vagin. Mais il va aussi l’utiliser pour embellir la beauté, la sensualité permanente qui frappe dès l’introduction. La 3D donne également cette impression de huis clos, d’une ode à la solitude qui fonctionne à la merveille.

« Love » se vit dans sa pureté totale, comme un gigantesque puzzle sensoriel à l’atmosphère romantique et excitante, captant les pulsions d’une odyssée psychologique qui chevauche les âmes tourmentées et en pleine agonie. « Love » est un mystère, une immersion rouge vif couvée par une ambiance torride. Un film beau, dévoré par le mal-être, au destin scellé à travers les regards et les ombres qui contemplent une tristesse infinie, une totale élégance qui tourne en dérision la vulgarité, incarnée par Noé.

Malgré les longueurs, quand le mot « The end » est prononcé par Murphy au bout de deux heures quatorze, impossible de ne pas avoir cette impression que tout est passé trop vite. Un conte où les larmes et la sueur se confondent, où la délicatesse déverse une beauté planante sous la bonne musique.
Arnaque géniale, chef d’œuvre tordu, l’amour en long, en large et en travers. « Love » était censé me faire bander, j’étais plus proche des larmes (bon de l'éjac aussi, mais c'est autre chose).

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