I love Love

Avis sur Love

Avatar Alexandre Agnes
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Un scénario de six pages, des dialogues improvisés et deux actrices débutantes : voilà ce qu'il faut à Gaspar Noé pour réaliser son grand film sur l'amour, avec pour ambition faire "un mélodrame porno" (sic) dans lequel les rapports sexuels explicites débordent de sentiments.

L'objectif est atteint : si les nombreuses scènes de sexe peuvent être qualifiées de porno en cela qu'elles sont non simulées et que l'on y voit les organes génitaux des acteurs (et encore : il n'y a aucun gros plan de pénétration), elles n'ont pour autant d'excitant que l'énorme charge émotionnelle qui s'en dégage. Ainsi, le cul dans Love n'est pas à proprement parler bandant et les coincés qui se scandalisent auraient tort de penser que c'est un film que l'on ne regarde que d'une main : contrairement au porno à papa ou aux gonzos du web, chaque scène de sexe est ici pleine de sens, de sentiments, profondément inhérente à la tension dramatique du récit, électrisante et bouleversante en ce qu'elle raconte des passions en jeu et de la façon dont elles se construisent et évoluent.

Dans Love, Noé poursuit et réinvente sa façon de filmer et de raconter les histoires : même construction à rebours que dans Irréversible (mais en plus morcelée, en moins linéaire), même soin accordé à une photographie très tranchée, mais une réalisation plus posée, à mille lieues du manège fou qu'était Enter the Void, qui fait ici la part belle, au moins pendant la première moitié du film, à des plans fixes forts extrêmement bien cadrés, et qui utilise pour la première fois une 3D parfaitement maîtrisée.

Un grand film donc, mais pas un film parfait : il y a sans doute un gros quart d'heure de trop qui aurait évité quelques longueurs, et certains gros plans (comme la redite de l'éjaculation filmée depuis l'intérieur, déjà vue dans Enter the Void) manquent de pertinence.
Mais les rares imperfections de Love semblent raccord avec le chaos qu'il raconte...

Avec ce quatrième opus, Noé continue de bâtir l'une des œuvres les plus radicales et les plus fascinantes du paysage cinématographique français.

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