Le deuil de la passion

Avis sur Love

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"Pas la peine de le regarder, t'as pas aimé les scènes de La vie d'Adèle? Dans celui là y'à encore plus de scènes de sexe, c'est porno, qu'est ce que ça va t'apporter?".
Voilà ce que je me disais avant d'avoir vu Love. Je ne voulais absolument pas le voir, j'avais lu trop de critiques qui parlaient de Love comme d'une production consacrée à une orgie. Cependant, une amie de bon goût m'a dit que je ratais quelque chose. Le premier film qui me fait prendre conscience que le sexe explicite au cinéma n'amène pas forcément à la pornographie. La pornographie veut à être excitante, ce film ne l'est pas. Il m'a apporté beaucoup, il évoque les bons choix que l'on fait lors de sa vie comme les mauvais. Une très belle autopsie des sentiments et des relations humaines.
Love parle d'amour, aux deux sens du terme.

Le personnage principal, Murphy, est trop grand parleur, cependant son jeux muet est très bien mené. L'actrice d'Electra à tendance à beaucoup murmurer (quand elle ne crie pas), ce qui donne un ton assez lointain que j'apprécie. Je suis déçue des dialogues, le réalisateur semble si bon pour faire passer les propos en image, alors pourquoi en rajouter une tonne en dialogues qui visent à expliquer sa démarche continuellement? Le rythme est très bon, une sorte de compte à rebours qui sonne comme les étapes d'un deuil. Le deuil de la passion amoureuse entre ce personnage et l'amour de sa vie Electra. Je suis déçue que leur première rencontre soit aussi artificielle, facile. Au nom du grand amour on peut quand même se casser un peu plus la tête que sauter sur une inconnue. Un coup de foudre qui ressemble d'un peu trop près aux comédies romantiques américaines. Il n'y a donc pas de portée intellectuelle ou psychologique dans la recherche amoureuse des débuts ce qui rend cette rencontre vide. Il demande tout, maintenant, tout de suite, à l'image du film. Murphy perd Electra qui disparaît. Elle l'avait pourtant prévenu que si ils rompaient, elle allait probablement disparaître. Mais un doute subsiste : pourquoi disparaît-elle aussi au près de sa mère? un suicide? On ne le saura pas. Mais avec la disparition d'Electra, Murphy est replongé l'espace d'une journée dans les abîmes de ses sentiments pour elle qui étaient si forts et si déchaînés. Il la recherche donc à sa manière, en cherchant tout élément qui pourrait déclencher un souvenir, sa présence quand il en vient à fermer les yeux.

La mise est scène est magnifique. Les scènes de sexe sont à l'image de la relation entre les personnages et évoluent avec eux. Le sexe est montré simplement, sans artifices. Ce qui le rend absolument pas pervers. On ne se sent pas comme un voyeurs, mais plutôt un témoin d'amour physique. Ci ce n'est l'éjaculation qui part vers le spectateur qui me paraît gratuite, et que le plaisir masculin semble prendre le dessus, je suis agréablement surprise. Les plans sont beaux, silencieux de cris inutiles. Les lumières sont parfaitement mesurées et tombent juste sur les corps et décors. Chapeau bas au réalisateur et son œil de lynx en matière d’esthétisme avec des cadrages osés, bruts. Ici le travail semble considérable tout en étant simple. Ces scènes érotiques sont en accord complet avec le thème principal, accompagnées d'une bande originale qui illustre parfaitement les images. Quelle démarche et quel résultat!

La durée du film laisse à désirer. Faire simple et efficace n'aurait pas dérangé, au lieu de cela, on a une justification sur le sens de cette oeuvre de la part du personnage lors de rencontres avec des figurants inutiles, comme si Gaspar Noe avait besoin d'expliquer son film pour pas que le spectateur se méprenne sur ses intentions. Dommage que le public ne voit que le sexe de ce film, à se demander qui est le vrai pervers. Je ne trouve pas de mots pour la fin, si ce n'est que je n'ai pas apprécié. Il aurait pu s'arrêter sur de belles images, au lieu de cela le film tend à s'éterniser.

Pour conclure, j'ai posé la note de 7/10 car il était risqué. J'étais partie avec de gros préjugés, je ne voulais pas le voir. J'ai changé d'avis, et j'aime beaucoup cet effet qu'il a produit sur moi. Love surfe sur une vague étroite entre la provocation, le sexe tel qu'il est dans la vie et les fantasmes pornographiques. Cependant, on peut se poser la question suivante : jusqu'à quel point Love est-il autobiographique? Avec ce Murphy le cinéaste qui va jusqu'à en expliquer son film qui est exactement Love. Est-ce pour la portée autobiographique, ou pour avertir le public? Ce qui est sur c'est qu'il a du cran, et que ce film plein de hargne est un chef d'oeuvre, même si je n'apprécie pas tous les partis pris et choix du réalisateur. Bravo !!

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