Fantôme d'une présence

Avis sur Love Liza

Avatar Eowyn Cwper
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Le deuil : cette rupture imposée qui fait d'une personne un fantôme. Souvent, c'est ce fantôme qui habite le drame filmique, comme l'image rémanente imprimée sur la pellicule, à un niveau immatériel, par un personnage marquant. Mais Liza ne sera connue de nous qu'en mots et en photos, et par le souvenir qu'en garde son mari, Wilson, seul et hagard.

Son acteur, Seymour Hoffman, a le secret de manières nouvelles d'être en-dehors du monde. Drogué, prisonnier d'une douleur qui le rend boulimique d'activité, il est un somnambule lucide qui se réinvente une vie où tout peut être pris avec légèreté, ce qui nous laisse la place curieuse de goûter autre chose que l'amertume de ses sentiments.

Le temps et l'espace se distordent : ni le mensonge, ni ce que les gens peuvent penser n'importent encore. Et surtout, bien sûr, la mort ne compte plus, voilée par sa fragile addiction au futile. L'identification à sa folie douce est presque trop facile, mais elle est complète. Seulement trois semaines se passent, mais c'est une existence entière qui enfle puis se délite face à l'éphémère reniement de sa souffrance.

Le fantôme du film n'est pas celui d'une personne : c'est celui de "la vie d'avant" qui précède la disparition de Liza, et dont on aura tout le temps de trouver les indices. Love Liza est un combat, et une mélancolie de poche joliment découpée à la taille d'un film.

Quantième Art

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