La musique, la drogue, John Cusack et autres digressions

Avis sur Love & Mercy : La Véritable Histoire de Brian...

Avatar claucloc
Critique publiée par le

Reprendre un morceau de musique c'est transcender la beauté de l'original en l'éclairant différemment. Plus l'original est génial plus c'est chaud. Idem, raconter la vie d'un artiste alors qu'il a donné le meilleur de celle-ci dans son art est bien casse-gueule. Covers et biopics d'artistes sont donc souvent des œuvres médiocres, vaines, parfois inhibées par la grandeur de leur sujet, souvent paresseuses, le public déjà mordu se tapant aussi bien l'ersatz. Quand une cover song est meilleure que l'originale, c'est magnifique, c'est de la beauté pure, c'est Hurt de ces cons de NIN par Johnny Cash et c'est un miracle.

Love & Mercy est un mi-miracle.
Déjà je kiffe Dano et n'aime pas Cusack. High Fidelity est chouette mais tu prends un Bill Murray à sa place et t'en fais un film à la hauteur du bouquin.
Ce film-ci je l'ai vu deux fois, parce qu'à froid la petite voix de la raison qui t'oblige à trier l'objectif du subjectif finit par se faire entendre... Et elle m'a dit - de sa faible voix de petite vieille - qu'il fallait admettre deux choses : primo, les partitions attribuées à Dano et Cusack sont inégales ; deuxio, inégalité il y a aussi entre les musiciens qui leur donnent la réplique. Et c'est tout de même ballot cette dissonance, quand la plus grande force du film réside dans le choix du dialogue entre deux périodes clés de la vie du bonhomme.

Partie 1 : SANS John Cusack.
C'est ce moment merveilleux et tragique où Brian Wilson sort du rang des pop stars pour rejoindre celui des génies un peu dingos et passablement drogués.
Tout l'or de ce film est concentré dans ces magnifiques scènes de studio qui nous font vivre l'enregistrement de l'un des rares albums ayant extirpé la pop des arts mineurs. J'ai écouté Pet Sounds direct en rentrant, plusieurs fois. God only knows que tu as fait de même.
La reconstitution est chiadée, la photo fabuleuse, surexposée juste ce qu'il faut, baignant de soleil un univers que l'on sent pourtant intérieur, en voie de fermeture, limite claustral. Et Paul Dano si tu me lis sache que je t'aime. Yes, Paul, I love you, even on the Swiss knife stuff with Harry Potter (but WTF man ?!).

Sur ce portrait de jeunesse, on remarque le trait appuyé du rapport au père, inhérent à la vie de tout être humain, en particulier celle des hommes et de Michael Jackson. La mère n'existe pas, les relations au sein de la fratrie ne sont pas vraiment explorées. Tout comme ses amours, objet des deux tiers de ses lyrics, sont à peine survolés... IRL ce type a tout de même épousé la sœur de celle dont il était dingue. A quel degré de faiblesse et d'obsession faut-il être pour s'infliger une torture aussi coupable que quotidienne ? Ce génie de la musique est-il à l'instar d'un Flaubert moins aimant qu'amoureux de l'amour et de l'art ? Nous n'en saurons rien parce qu'il n'en sera pas question dans le film. Et ça n'est pas du tout gênant, mais probablement pas si anodin, car...

Partie 2 : AVEC John Cusack.
C'est le retour parmi les vivants, quand l'amour triomphe à la fi... euh... quand une femme le tire de la coupe d'un gourou/agent/toubib/papa (sous laquelle les pop stars avaient fichtrement tendance à tomber à l'époque, en fait... Stupéfiant non ?).
Le décor a changé, en moche - normal, c'est les 80's. Brian est en si triste état qu'il n'est plus tellement le centre d'intérêt, tout ballotté qu'il est entre deux personnages sacrément mieux campés que le cousin machin qui veut faire des sous sur le dos des garçons de plage. Ce pauvre Cusack se trouve donc entre Melinda futur-Wilson / Elizabeth Banks, la belle sauveuse toute en opiniâtre douceur, et Villain-Landy / Paul Giamatti, le meilleur papa-docteur inquiétant du monde.
Cela reflète une réalité, l'effacement de Brian Wilson derrière des intérêts qui le dépassent, la lumière de sa musique éclipsée par le cynisme du business artistique qui aura tiré tout ce qu'il peut de sa fragilité mentale.
Il rencontrera l'amour, surtout le nôtre, mais peu de compassion au final, lorsque l'on voit comment sa sauveuse et néanmoins agent Melinda Wilson le brouille avec son entourage et le trimballe dans des talk-shows larmoyants.

Peut-on reprocher à John Cusack d'être l'ombre qu'il doit incarner ? Non. Mais la petite voix de la raison, qui s'époumone comme il se doit lorsque l'on tente de rendre intelligible son sentiment, ne couvre pas l'impression qu'il a fourni une perf-à-oscar tout à fait moyenne.

Et vous, avez-vous apprécié la critique ?
Critique lue 666 fois
3 apprécient

Autres actions de claucloc Love & Mercy : La Véritable Histoire de Brian Wilson des Beach Boys