Un polar coréen jubilatoire qui mêle habilement ironie, grotesque et violence

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Déçu par les propositions coréennes de Netflix, j'attendais le retour du cinéma coréen en salles avec impatience. Ce premier film signé Kim Yong-hoon n'est hélas pas la bombe espérée. Le film n'a rien de honteux mais le réalisateur coréen semble s'être grandement inspiré du cinéma de Tarantino : narration faite en chapitres, temporalité éclatée, film choral, gore, ironie des situations, personnages machiavéliques. Son film a donc souvent un goût de déjà vu qui joue en quelque sorte contre lui. Mais après tout, si le scénario ne brille ni par sa clarté ni par son originalité, le film est un vrai plaisir coupable de cinéphile. Kim Yong-hoon sait utiliser sa caméra à bon escient : il use habilement des ralentis, des focales sur des objets (le sac) ou des parties du corps (les cuisses) clés pour l'intrigue. Il soigne son atmosphère avec un éclairage qui s'adapte à l'heure de la journée et au milieu où l'histoire nous conduit. La nuit bleutée et pleine de néons, les restaurants aux couleurs chaudes. Il filme avec délice la pluie qui surgit brutalement.

Il joue des points de vue avec son cadrage et ses plans larges où le protagoniste n'est pas forcément celui que l'on croit. On sent donc que le réalisateur s'est vraiment fait plaisir. Il utilise certes des codes balisés mais les emploie avec bonheur. Kim Yong-hoon a bien monté son film : le rythme faiblit rarement et s'adapte là aussi brillamment aux scènes : celles de dialogue, celles d'action, celles plus calmes. Le réalisateur laisse planer le mystère pendant une bonne heure sur tout ce qui lie réellement les différents protagonistes en dehors des billets verts. Cela peut sembler décousu, confus, rendant l'implication du spectateur compliquée au début du film. Mais dès que les connections se font, la deuxième partie du film est jubilatoire.

Le réalisateur manie de manière magistrale l'ironie du sort de chaque personnage : le jeune voyou qui tue la mauvaise personne, la jeune femme meurtrière accidentelle, la mort du mari violent, la cruelle baronne du crime et de la prostitution, le chantage de gangsters sur un pauvre douanier corrompu. Toute cette ironie trouve son apogée dans une scène jubilatoire : celle du dîner entre le douanier, son ancienne petite amie et le flic qui mène l'enquête sur les nombreux morts de l'histoire. Il faut y ajouter les gangsters et tout le sel de l'écriture fait finalement sens : le réalisateur dénonce l'individualisme marqué en Corée du Sud qui pousse les individus à de sordides affaires et surtout des choix plus stupides les uns que les autres. Kim Yong-hoon ne rend pas ses personnages profondément attachants.

Néanmoins, il sait nous procurer de la pitié pour eux, en particulier ce pauvre employé de sauna pas très futé mais très déterminé à garder l'argent qu'il a trouvé dans une cabine. Ce polar noir s'avère poisseux, ténébreux mais aussi très drôle et c'est cet équilibre qui rappelle Tarantino et fonctionne plutôt bien. En effet, le film peut aligner blagues cordiales et décapitation dans la même scène. Si les personnages sont archétypaux, ils font des choix parfois imprévisibles et relancent l'intrigue en guise de surprise. Pour une fois d'ailleurs, le titre est bien choisi : on pense à la chance mais c'est la malchance mêlée à un placement de produit qui donnent tout son sens au titre. Même le jeu coréen s'accorde très bien avec l'ironie de l'ensemble : tous les acteurs en font des tonnes dans leur registre mais c'est réjouissant au final car le côté grotesque de l'histoire et des personnages en est renforcé.

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