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Lucy par Limne_Seeen

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Pas vraiment adepte du Besson bashing, c’est avec l’envie de passer un bon moment devant un film pas trop compliqué, mais malgré tout au sujet intéressant, que je suis allée voir Lucy. La bande annonce promettait un film soulevant quelques questions assez intéressantes tout en nous en mettant plein la vue. J’ai cependant été sceptique lorsque j’ai découvert la durée du film : seulement 1h30.

Un film si court pour parler d’un sujet aussi complexe que le cerveau. C’est d'ailleurs tout le problème de Lucy, c’est ce qui est à l’origine de tous ses défauts. Pour certaines personnes, le fait que le postulat de départ, la théorie selon laquelle on n’utiliserait que 10% de notre cerveau, soit faux est un élément qui nuit au film. Pour ma part ça ne rentre pas dans ce que je considère comme les défauts de Lucy. Certes on y perd un peu de rêve que le film aurait pu donner mais après tout nous sommes dans une œuvre de science-fiction alors pourquoi pas ? Ce n’est pas le plus gênant.

Le principal défaut qui découle de la durée du film est le manque de développement de certains aspects. Le cerveau, ses capacités, les conséquences de la drogue sur son fonctionnement, donnaient la possibilité de créer un personnage très complexe avec une portée philosophique intéressante, comme une dénonciation de l’humanité très imparfaite. En effet, les capacités attribuées à Lucy suite à l’absorption de la drogue font qu’elle n’est plus tout à fait humaine. Or ce changement d’état, de statut, n’est que très peu abordé (une seule scène irréaliste de conversation téléphonique avec sa mère et une toute petite allusion par la suite). Tout se fait beaucoup trop vite, on ne nous laisse pas le temps de comprendre le personnage dans sa transformation. A peine a-t-elle dépassé les 10% d’exploitation de son cerveau qu’elle agit déjà très différemment, presque comme une machine, alors que 5min plus tôt son comportement était très différent, elle était en panique et surtout pas des plus débrouillardes. Pour continuer dans cette évolution trop abrupte, Besson ne l’a pas assez échelonnée, il n’y a pas assez de différence entre les étapes de colonisation du cerveau alors qu’elles sont clairement délimitées par un annonce à l’écran. On se contente de lui ajouter quelques superpouvoirs un peu trop capillotractés. Ces superpouvoirs m’ont d’ailleurs gênée lors du visionnage du film : mon sens de la rationalité a pris un sacré coup. Comment avoir des capacités cérébrales supérieures peut permettre de faire léviter des gens ? ou de lire dans leur esprit ? (bien qu’en y repensant la drogue pourrait avoir augmenté sa sensibilité aux impulsions électriques et lui avoir permis de les décoder…même si ça reste tordu). Le film cherche à s’inscrire dans une logique, un raisonnement scientifique mais ce n’est pas crédible car il ne va pas au bout de sa démarche. Les explications, les observations des effets sont délaissées pour des scènes d’action, certes belles à regarder et qui en mettent plein les mirettes mais bien peu utiles au développement de l’histoire et surtout beaucoup trop longues par rapport à la durée du film.

Ce type de film se veut construit de manière exponentielle. Lucy arrivant à 100% d’utilisation de son cerveau doit être à part, elle doit être quelque chose de bien différent d’un humain, quelque chose de surhumain. Elle sait tout, elle appréhende tout, n’est plus contrôlée par ses pulsions instinctives et surtout elle a une énergie immense. Pour illustrer cette apothéose Besson part dans un délire ésotérique, il nous annonce que le temps est la seule et unique unité de mesure valable, les mathématiques et autres physiques sont seulement des outils humains réducteurs. Cette théorie est très intéressante et surtout bien illustrée, elle amène le spectateur à un certain questionnement. Pour appuyer cette déclaration, Lucy, en tant qu’être ultime, se lance dans un voyage temporelle jusqu’à la genèse de l’univers esthétiquement très beau mais surtout très long. (Oui vous l’avez compris, le temps accordé à chaque élément du film ne cessera de me laisser perplexe.)

Comme vous l’avez remarqué je n’ai parlé que du personnage de Lucy, du concept qu’elle représente, et de son exploitation. En effet, l’histoire en elle-même : les trafiquants de drogue, la police, les passeurs, n’est qu’un prétexte pour le personnage et n’est franchement pas très originale ni excessivement bien développée. Il est donc inutile de s’y attarder.

Pour conclure, ce dernier Besson a été une déception mais malgré tous ses défauts une expérience assez intéressante et évidemment visuellement bien fichue.

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