" comment ça s'appelle ça déjà le, le ? - le bonheur "

Avis sur Lulu femme nue

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C'est quand elle retire (avant un moment de bonheur non feint) et perd son alliance que Lulu redevient entière. Elle cesse de n'être que la femme de son mari ou la mère de ses enfants pour s'émanciper. Pourtant, elle a encore du chemin à parcourir, timide à l'excès et toujours tenue en laisse par son portable qui lui rappelle qu'elle a "des responsabilités, elle" comme le dira sa sœur plus tard. "Lulu femme nue" c'est donc l'histoire d'une femme qui recouvre pleinement son identité, toute écrabouillée. D'abord, elle rencontre Charles, qui lui rend son prénom en globalité, elle rayera "lulu" et signera maintenant "ta Lucie". Première étape de cette émancipation nouvelle, de cette redécouverte de soi. L'autre étape, plus douloureuse, mais toujours accompagnée de Charles: la réappropriation de son corps de femme. Ce corps va petit à petit reprendre vie, cesser d'être engoncé dans des vêtements "négligés". C'est ce que lui fera remarquer le patron (paternaliste) de l'entretien d'embauche duquel elle ressort sans poste. Charles, sorte de magicien du bonheur; sorti de nulle part, va faire de Lulu une femme sans contraintes. Parce qu'il la croit d'abord sans attaches. Il jette son portable à la mer et par la même occasion sa sonnerie qui la ramenait encore à sa condition de mère (la voix des enfants hurlant "maman décroche).Après la perte de ce téléphone et l'obligation d'utiliser une cabine téléphonique mais aussi la perte de la carte bleue, déclarée comme volée par son mari, Lulu devient vraiment nue. Mais elle se rapproche aussi joliment d'une autre héroïne entre parenthèse dans sa vie, celle du "Temps de l'aventure".

Partie de ce constat, Lulu ne parle pas de ses enfants, elle se laisse aller dans un amour tendre et simple. Un amour rendu burlesque par la présence des deux frères de Charles, drôles et accrochés comme des mollusques à leur grand frère. Ils donnent un souffle d'autant plus libérateur au film qu'ils enlèvent à Lulu "ses ailes de géant(e) (qui) l'empêchent de marcher", pour lui monter la mer et ses bienfaits et la simplicité paradoxalement grandiloquente. Mais Lulu est rattrapée par son destin: une fille et une sœur qui la suivent, elles aussi accostés par les deux acolytes de Charles. Alors Lulu s'échappe à nouveau, toujours vers la mer, toujours fauchée. Elle va faire d'autres rencontres, donner beaucoup d'espoir, contribuer à une émancipation.

Karin Viard 'superbe, comme tous les seconds rôles) le dit elle même, elle offre sa participation à une femme qui "se colore peu à peu", sous nos yeux. Pas facile de jouer la coloration quand l'argument du scénario: la fuite, semblait, à priori, faible. Mais c'est parce qu'elle n'en fait jamais trop, donne la possibilité à ce corps de s'ouvrir et s'entoure de formidables rencontres (et comédiens, pensons à Bouli Lanners), toujours dans la tendresse, que Solveig Anspach réussit à donner un souffle à son film, très bien rythmé au demeurant. Comme l'héroïne du Temps de l'aventure, Lulu fera le chemin inverse, laissant derrière elle le choix à ceux qu'elle a rencontré de faire encore un peu partie de sa vie. Une vie qu'elle bouleverse, laissant une ado décontenancée.

Et il y a ça de fort aussi dans ce film, c'est que si le mari est blâmé, ça n'est jamais complètement. Car on comprend, dès le début, que Lulu avait choisit de vivre ainsi, d'être la femme de son mari, la mère de ses enfants. Elle s'était sacrifiée, avait arrêté de travailler, de faire l'amour. Avant de découvrir qu'il est bon de respirer l'air de la mer. Et de, simplement, une fois dans sa vie au moins, dire non et entendre qu'on est devenu indispensable "je m'en sors pas sans toi", lui dira son mari énervé sur un répondeur qu'elle ignore. Lulu était cause de la perte de son identité, autant que ceux qui l'aiment et l'entourent, il lui suffira d'une parenthèse aussi enchantée que désenchantée, pour comprendre qu'elle peut seule décider de son destin, toute entière dans l'affirmation de soi.

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