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Gaspard Noé c'est ton camarade de classe qui blindait sa dissertation avec pleins de citations pour montrer qu'il en savait plus que toi mais sans aucun soucis de clarté ou de rigueur. La supercherie étant révélée lorsque le tout s'effondre dans une conclusion bâclée pour finalement qu'on se rende compte que dès l'introduction, c'était mal partie.

Ce film est découpé de la même manière : on a 10 min de discussion chiante au début, 30 min d'embrouilles ennuyeuses, puis 10 min de flash lumineux. Que faut-il retenir ? "Je suis capable de te mettre mal à l'aise avec des images épuisantes" ? J'étais surtout exaspéré malgré le fait que le film a réussi à me faire plisser des yeux à la fin (quelle prouesse artistique, c'est pour ça que je vais au cinéma).

Evidement le tout est esthétiquement très cohérent avec l'univers de Noé et avec toute sa lourdeur qui lui est propre. La grande "originalité" est donc l'utilisation du splitscreen qui montre comment le tournage grouille et s'embrouille, parfois dans le même espace pour insister sur un point, parfois dans deux espaces différents pour montrer comment c'est le bordel partout. Super. Il a de la suite dans les idées. Souvent, un écran prendra le point de vu de ce caméraman intrusif envoyé par la production afin d'espionner tous les faits et gestes de Béatrice Dalle. Cet épuisement du spectateur est à ce titre réussit. Mais que cachent justement tous ces faits et gestes ? Pourquoi ces personnages sont ainsi alors qu'ils étaient plutôt calmes il y a dix minutes ? Personne n'est capable de garder la tête froide ? C'est si compliqué de débrancher une lumière stroboscopique ? Vous l'aurez compris Noé se garde bien d'accorder du prix à l'intelligence.

En fait il n'y a pas vraiment de monter en tension. C'est l'embrouille dès le début et comme on est attachés ni aux personnages, ni à l'histoire, on s'ennuie profondément. Ils sont assez antipathiques et c'est ce qu'on remarque souvent chez les personnages de Noé. Pourquoi pas, sauf que cette caractérisation ne colle pas du tout avec ce que veut justement raconter Noé : une histoire sur des personnages. Oui c'est le bordel et alors ?

Je ne suis pas un adepte du "tout narratif" au cinéma, la mise en scène compte mais ici à part l'utilisation des splitscreen, je ne trouve pas que d'assommer avec des flash et des sons désagréables constitue une prouesse digne d'être projetée sur grand écran (sur Youtube et pour 20 min pourquoi pas). En fait tout ça fait en effet extrêmement gratuit et superficiel, il veut filmer le bordel mais le fait-il de manière innovante ?

Je pense que Gaspard Noé devrait se convertir dans les clips musicaux pour musique techno. Ça lui irait bien (et moi j'aime la techno). On voit bien que depuis ses deux derniers films, il n'a aucune volonté d'instaurer une ambiance (exception dans Love), une narration ou des dialogues correctes. Du cinéma expérimental j'adore ! Mais pourquoi faire cette histoire de tournage catastrophe ? On s'en tape et Noé aussi puisque rien n'a été véritablement écrit. "J'adore faire des films dans l'urgence" nous dit-il. Soit.

Et puis lâche nous la grappe avec tes citations. Oui tu as vu La sorcellerie à travers les âges et Jour de Colère, c'est bien, tu as remplie ton cahier de vacance cinéphilique. Une citation, c'est subtile, ça doit se mériter et faire sens dans un tout cohérent, mais non ici on a la total Dreyer (trois fois), Godard et Fassbinder. Wow en plus c'est écrit avec une police originale.

Bref ici le "regardez moi je suis punk" ne fonctionne pas autant que dans lors du coup d'originalité (à l'époque) d'Irréversible. J'interprète tout ça comme une fétichisation de la contre-culture par le milieu bourgeois parisien. La violence des images, justifiée par rien autre que le plaisir égoïste de Noé de se contempler avec et dans ses propres références (rien de mal à ça), prend la forme d'un bête objet de consommation pour les gens cools.

Vanbach
4
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11 commentaires

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