La mutation du système

Avis sur M le maudit

Avatar William Carlier
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M le Maudit est un film difficile à appréhender. Se mêle ici une série de crimes commise par un meurtrier inconnu, à une institution en incapacité de régler la situation. En parallèle, un syndicat du crime se développe et décide de retrouver le tueur en série pour l'éliminer.

Ainsi, il est possible d'analyser l'œuvre de Fritz Lang comme la représentation de la République de Weimar, en plein déclin et ne parvenant pas à trouver de solutions face à la montée du chômage, de la délinquance notamment sous la Dépression.
Le film a tout de l'œuvre visionnaire, et comme pour Metropolis du même auteur, évoque le système et ses défaillances liées au rapport avec les citoyens.

Ainsi, il est facile pour les partis divers (dont la NSDAP) de profiter de la situation pour séduire les plus démunis, pour prendre la relève (ici, le syndicat criminel).

Là où M devient vraiment intéressant, est évidemment quand le film pose la question de moralité et de justice au regard du criminel.

Faut-il condamner à mort le tueur, même s'il n'a pas voulu commettre les actes, alors qu'il était en incapacité mentale de s'y opposer ?

La défense dira NON, Fritz Lang dira NON car oui M est un homme, il n'est pas un monstre. Oui il a de l'humanité mais ce qu'il a fait est monstrueux, et c'est pourquoi il doit être puni, se retrouver dans un asile, mais pas se faire exécuter.

Lang joue sur le conflit du spectateur à considérer que le meurtrier doit se faire exécuter, puis par le point de bascule majeur du film, à remettre ce même point de vue en cause : car il ne prend pas plaisir mais souffre à commettre ces actes meurtriers.

Ainsi, le syndicat prône l'exécution de l'incapable, de l'Homme qui demande pitié. M sait que ce qu'il fait est grave, mais il s'agit de la seule façon pour lui de se sauver : ainsi est posée son incapacité mentale; lui rendant la figure du personnage tragique, à l'image de son regard porté dans le reflet du magasin, terrifié à l'idée de revoir une fille derrière lui, de céder encore une fois à sa maladie mentale (ici, proche de la schyzophrénie) !

Le nazisme fera exécuter les incapables mais également les juifs, les Tziganes pour ne citer qu'eux. Intéressant quand on sait que Peter Lorre (portrayant M ici) est né de parents juifs, le réalisateur renforçant sans peut-être même le savoir, son propos.

Oui, M est un homme et ce qu'il a fait est monstrueux.

Mais d'autres sont pires, se délectant du massacre moral et physique d'un individu.

L'homme doit être responsable, ne doit pas tout faire dépendre d'une République. Lorsque l'individu se laissera emporter par le groupe, clamant la mort d'un seul homme devant se faire interner, alors le fascisme n'en sera que plus renforcé.

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