Lorre brut

Avis sur M le maudit

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(avec spoilers)

Cela faisait longtemps que je laissais traîner le visionnage de ce film. J'ai toujours du mal à lancer un chef-d'œuvre adulé par à peu près tout le monde ; ce n'est pas que j'ai peur de ne pas aimer mais c'est intimidant, en quelque sorte. Enfin ce n'est peut-être que moi. Il y a quelques semaines on me l'a gentiment prêté, ce qui a pas mal contribué à ce que le regarde enfin. Et c'était bien.

De Fritz Lang je n'avais vu que Metropolis auquel j'ai attribué la même note pour la beauté de l'univers et malgré les longueurs. On a droit ici au premier film parlant du cinéaste, la musique omniprésente a disparu pour laisser place à l'allemand incompréhensible (nb : mes 5 ans d'apprentissage de la langue sont un joli fiasco). « Je pris conscience que le son non seulement pouvait être utilisé comme élément dramatique, mais devait l’être » dit-il lors d'une interview.

La première scène du film en atteste particulièrement et est vraiment troublante, avec ces enfants dans la cour qui chantent une chanson (sous forme d'une plouf) à propos d'un homme qui hache les petites filles... C'est extraordinaire comme l'enfance peut avoir une sorte d'insouciance face aux actualités les plus alarmantes. Je me rappelle la semaine du 11 septembre, j'avais 6 ans et je ne comprenais pas pourquoi il n'y avait plus de dessins animés à la télévision et seulement des images de cette tour qui s'effondre... Le fait que Fritz Lang ait compris ce trait étrange de l'enfance m'a vraiment percuté, surtout que ce chant "horrible" comme dit une dame qui passe près des enfants est chanté dans la cour de l'immeuble d'une petite fille qui sera tuée par le tueur. J'ai aussi remarqué que le film ne cherche pas à être compliqué, tous les éléments sont donnés au spectateur rapidement, avec le meurtre d'Elsie dans les premières dix minutes. La première apparition du meurtrier m'a d'ailleurs fait pensé à Metropolis dans l'utilisation superbe de l'ombre, qu'y a t-il de plus classe et de plus effrayant qu'une ombre (http://bit.ly/1HGHeqe) disant "tu as un beau ballon" à une petite fille ?

Et c'est avec cette superbe qu'on suit les deux enquêtes parallèles, celle de la police, et celle des bandits de la ville, les meurtres du tueur en série étant un obstacle à leurs affaires.
Et c'est génial car dès le début on le sait, on le sait que c'est à trop siffler Grieg que le meurtrier va se faire avoir. Enfin par les bandits de la ville en tout cas. Car si dans les deux enquêtes parallèles on apprend l'identité du teur en même temps c'est par le sifflement qu'il se fait avoir.

Et la poursuite débute. A partir de l'apparition de l'immeuble commercial dans lequel se cache l'homme marqué du M le rythme ne faiblit pas jusqu'au magnifique procès informel dans l'usine désaffectée où l'on apprend que le monstre (se référer au titre de la ciritique pour la jolie performance d'acteur) a des pulsions, que ce n'est qu'un homme qui cache un monstre en lui.
Cela m'a fait penser au « Sehen Sie mich ! Sehen Sie mich ! Das Monstrum in meinem Selbst ist so gross Geworden ! » du manga de mon cœur.

Le film se permet aussi d'avoir une foule d'autres personnages chouettes : le commissaire Lohmann, le vendeur aveugle de ballons, les grands noms de la pègre berlinoise...

Voilà qui mérite son statut de classique, au moins pour être un des films qui parle le mieux de la paranoïa. Mon cher Fritz, j'espère que tu as d'autres 9/10 à me proposer...

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