Mi figue- mi raisin (ça spoil)

Avis sur Ma Loute

Avatar RichardHoffe
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Ma Loute ; un film d’amour ? Une comédie burlesque ? Un film politique aussi dans une moindre mesure. Un film malaisant a n’en point douter.

Dans ce théâtre côtier du nord de la France, de riches industriels, les Van Peteghem, sont en vacances dans une maison d’un style antique ridicule (en béton et c’est important) avec leurs filles et leur neuvièce (?).

Le film s’ouvre sur la vie laborieuse des Brufort. Des cueilleurs de moules et passeurs dont le fils ainé, Ma Loute, rêve d’une autre vie et tombera amoureux de Billie, la fille garçon manquée des Van Peteghem.

En parallèle, on enquête sur la disparition de vacanciers des villes alentours qui se seraient évaporés sans laisser de traces. L’inspecteur Machin et Malfoy mèneront l’enquête du mieux qu’ils le peuvent.
Et à partir de là, si tout se passe bien, vous ne comprenez pas grand-chose !

C’est une des idées de ce film présenté à Cannes devant une scène internationale de nantis et bourgeois en tout genre : Montrer une France profonde et foncièrement inculte en opposition au Van Peteghem et aux victimes de ces enlèvements mystérieux.
Les uns baragouinent un patois hermétique et mâchent leurs mots dans un accent à couper au couteau ; Les autres parlent avec des intonations dont le ridicule côtoie celui de leurs expressions abruties.

Bref dans cet ersatz de Roméo et Juliette on rit des uns comme des autres. Mais rit-on des deux pour les mêmes raisons ?

Les deux protagonistes Ma Loute et Billie sont à mettre à part ils détonnent dans leurs propres mondes car eux parlent moins que leurs parents et sont à un moment charnière de ce qui constituera leur existence à venir : ils traversent une crise existentielle et ne supportent plus le mensonge dans lequel vivent leurs familles respectives. Car ce sont bien deux familles de dégénérés il n’est pas de terme plus juste.

Quels sont les ressorts comiques qui nous rende les personnages Van Peteghem outre leur accent de nobliaux à la manque, la culture dont ils se targue, les malformations ou les tares qu’ils héritent de leur mode de vie délétère ? Ou simplement le fait qu’ils jouent et mentent en permanence (à la manière de cette maison, on décrit ce qui la constitue mais ce qui nous apparait, c'est le béton. Ce n'est pas ce qui te constitue qui prime, c'est ce que tu "transpire"), car c’est leurs positions même de dominant dans cet environnement, qui les aliènent : Ils viennent ici comme dans un parc d’attraction, ils veulent être aimés et être respectés sans ne rien offrir que leur argent, en évitant tout contacts. Ils veulent qu’on aime leurs images, une image qui dans cette situation détonne. C’est ce qui les rends risibles, c’est ce dont ils sont conscients et ce qu’ils travaillent.
A contrario, les Brufort ne sont pas construit pour être drôle, c'est même l'inverse ; ils sont traités avec noblesse comme des travailleurs laborieux et fiers, le père, "l’éternel" a même droit aux plus belles images du film et un mythe est construit autour de sa personne, c’est un héros pour les gens du cru.
Ils vivent dans un monde de travail où on n’a pas le temps ni l’énergie de mentir et sont les victimes d’un monde qui les frôle sans les côtoyer, qui est gouverner par le mensonge, à la manière de Billie qui se joue de Ma Loute (même si ses sentiments sont honnête la démarche elle ne l’est apparemment pas).
Le fait qu’ils soient cannibale s’apparente plus, pour moi, à une nécessité et à du mépris de classe ils ne mangent que les gens de la ville (même s’ils sont un peu cinglés quand même faut pas déconner).

Dans un premier temps, il y avait ça. Dans un premier temps j’aimais bien ce film. Et puis il y a eu la deuxième partie du film et ça a été… Différent.
Car il faut le dire, la dernière demi-heure a de quoi déconcerter, décontenancer même. C'est une déconstruction que je trouve très étrange, tout devient plus grossier, tellement grossier que je ne me l'explique pas.
Déjà on répond à des questions auxquelles on n’attendait pas de réponse : l’identité de Billie ; On souligne des faits évident depuis le 1er quart d’heure. Et ensuite ça part dans une comédie burlesque avec les Laurel et Hardy de service et je ne comprends pas ce revirement. Mais genre vraiment.

Comme le souligne le dernier échange de regards : "Il est des plaies dont nous ne guérirons pas".
- Déjà pour moi en tant que spectateur (je veux pas dire que c’est un film très marquant mais c’est décevant).
- Pour les deux protagonistes qui se retrouvent dans ce monde absurde (ou un homme s’envole à la manière d’un ballon parce que soi-disant les énigmes ça le fait gonfler, quand même) et qu’ils acceptent tel quel quitte à reproduire les erreurs de leurs parents et rentrer dans le monde que ces derniers leurs promettent.
En somme une fin plutôt fataliste et burlesque, tout ça pour nous dire que finalement on est tous des hommes, meut par des sentiments et que si on ne mentait pas nous serions tous des frères à courir à poils sur la plage avec des petits chiens qui coursent des gros flics.
Enfin pour cela il faudrait que les plus riches soit assez honnête pour le mettre en pratique ; parce qu’après tout, « WE KNOW WHAT TO DO BUT WE DO NOT DO » !

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