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Ma fille par Eowyn Cwper

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Je prends la carrière de Laura Bispuri à l’envers en regardant, pour une fois, un film récent (de l’année passée). Un an : mille fois ce dont ont besoin Valeria Golino et Alba Rohrwacher pour que leur vie bascule.

Mères partagées par une fille d’abord non désirée (Sara Casu) qui découvre la vérité au bord de l’adolescence, les deux actrices sont au sommet de ce que l’on peut espérer d’un casting italien moderne, et c’est bien ce qu’il faut : comme je l’ai plus ou moins dit, le contexte psychologique n’est pas des plus simples. On peut d’ailleurs regretter que Bispuri ne plonge pas à pleines mains dans ce que le cadre offre en possibilités dramatiques. Point trop n’en faut certes, mais son interprétation géographique de problèmes humains semble en attendre trop peu de ses acteurs.

En tout cas, Casu renvoie une réplique quasi-parfaite aux deux grandes, qui donnent tout ce qu’elles ont dans des scènes parfois très longues, quasiment théâtrales si ce n’était pour le doigté bien dirigé du caméraman. En fait, le décor psychologique est posé mais il manque l’audace d’en contempler le résultat. Ces femmes doucement malheureuses, ces séances d’ivrognerie auxquelles on coupe court avec un montage et une musique tentant de déposer un peu vite les bornes du mal-être, ce ne sont pas des atouts.

L’histoire s’en ressent quand les deux femmes s’engagent chacune sur une voie sans issue et que leur fille finit par leur faire mal. On a presque l’impression que c’est la faute de la fille quand elle est, en réalité, la victime, et cette disjointure entre le fait et le ressenti d’une chose simple semble le symptôme d’une écriture qui attend de voir son sujet se dérouler de lui-même.

Peut-être n’attendrais-je pas tant des circonvolutions préadolescentes de Figlia Mia s’il n’avait pas fait partie du Festival du Film de Berlin. Ses tons chaleureux et la surprise que cela cause de voir un drame familial dépourvu de morbidité et de malhonnêteté, c’est un rafraîchissement qui change agréablement des habituelles surenchères dramatico-sociales.

C’est un peu l’adaptation en film de cette ligne formidable d’Ermal Meta (je la féminise) : Figlia mia ricorda la donna che tu diventerai; non sarà mai più grande dell’amore che dai. Ma fille, souviens-toi de la femme que tu deviendras ; tu ne seras jamais plus grande que l’amour que tu donnes.

Quantième Art

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