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Avis sur Ma vie avec John F. Donovan

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J'attendais avec une impatience certaine ce film, depuis l'annonce de son tournage, même ! Donc depuis plus d'un an. Une attente qui s'est muée en crainte lorsque les premières critiques sont tombées. Une crainte qui s'est justifiée.

J'ai eu l'impression de voir une caricature de Dolan. Ce réalisateur est connu pour travailler sur la bande-son, pour jouer sur le kitsch en parvenant à susciter l'émotion. Par exemple, la scène de *Mommy* où Steve, Kyla et Diane chantent du Céline Dion est certes gênante, mais surtout touchante, car elle symbolise un moment d'égarement, d'innocence, de trois individus acculés par leurs problèmes. On sent que Xavier Dolan tente de faire "revivre" cette scène dans *Ma vie avec John F. Donovan* quand John, son frère et sa mère chantent sur une chanson bien rétro. Seulement, se dégage de cette scène juste un sentiment de malaise. Puis le fondu du visage Rupert avec la mer, sous fond de "Rolling in the deep" d'Adèle. Ecoeurant. La musique est trop présente, par conséquent, elle ne parvient plus à sublimer les plans. Alors oui, mon moi de 14/15 ans a apprécié la scène où Kit Harrington chante "Jesus of Surburbia" de Green Day (d'ailleurs, scène assez ironique, puisqu'il entre dans une supérette tandis que sa mère lui parle au téléphone de boeuf bourguignon et le materne, alors que dans le clip de Jesus of Surburbia, le personnage entre dans le même genre de supérette pour y mettre le bazar).

Pour moi, Dolan était comparable à Flaubert par sa capacité à saisir, à représenter le kitsch, qui, souvent, touche le personnage de la mère (dans J'ai tué ma mère ou Mommy, par exemple ). Ici, le kitsch est utilisé de manière vaine concernant la mère de John, il la rend ridicule et non touchante.
Voilà le soucis du film : l'exagération. Dans la bande sonore comme il a été mentionné, mais aussi dans le jeu avec les néons dans la scène de la boîte de nuit. Le pire reste la scène de retrouvailles entre Rupert et sa mère. Alors que la rédaction de Rupert, qui considérait sa mère en héroïne, était très touchante, mais leurs retrouvailles dans Londres, à coup de violons, de ralentis... C'était pathétique. Comment rendre une scène qui pourrait être belle pathétique au possible. Les ficelles scénaristiques sont lourdes, les plans insistants ! Ce film ne respire pas. Ce film est la quintessence des thématiques de Dolan : la mère omniprésente, le père absent et l'homosexualité. Attention, je ne critique pas cette récurrence de ces thématiques mais plutôt le manque d'originalité dans leur traitement. J'ai eu l'impression que son cinéma n'avait évolué depuis J'ai tué ma mère, ce qui est faux, au vu des films aboutis que sont Laurence Anyways et Mommy, puis la tentative d'explorer le thriller psychologique que représente Tom à la ferme.
Dolan en a trop fait. Il a même voulu insérer un repas familial oppressant à la Juste la fin du monde, comme si le film n'était pas déjà assez étouffant.
Au vu du grand nombre de reproches que j'adresse à ce film, la note de six paraît bien élevée. Cependant, tout ne me semble pas piètre. Dolan réussit à capter le lien qu'un enfant peut entretenir à une célébrité, aussi grotesque que cela puisse sembler de l'extérieur. J'ai été cette enfant, qui voulait adresser une lettre à sa chanteuse préférée, qui lisait tous les articles sur elle, qui se reconnaissait en elle et ses frasques, sa vulnérabilité. J'ai été cette enfant, comme beaucoup d'entre nous, qui aurait rêvé d'entretenir une correspondance avec sa vedette pour se confier et en apprendre davantage sur elle. Ceci pose la question, prononcée dès les premières scènes du film, peut-on vraiment "aimer" ces célébrités ? Comment peut-on admettre que nous les connaissons, eux qui baignent dans un milieu aussi spectaculaire ? Rupert, lui, seulement âgé de 11 ans, est parvenu par sa correspondance longue de plusieurs années, à ouvrir une brèche dans ce monde faux et d'apparence.
Par ailleurs, jamais il ne sera question de ce que Rupert a pu écrire dans ses lettres ; il s'efface pour laisser se déployer la vie de John F. Donovan et sa vie avec lui.
Si j'ai déprécié ce film, c'est surtout en regard de la filmographie de Dolan. Je connais sa patte, et ici, elle écrase La vie de John F. Donovan, qui aurait pu être excellent, avec son casting d'exception et un sujet comme le double jeu constant du monde des acteurs.

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