Confessions sur les peines et la solitude d'une jeune célébrité

Avis sur Ma vie avec John F. Donovan

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Que l'on apprécie ou non ce qu'il fait, Xavier Dolan est un homme qui a de l'ambition et qui, à même pas 30 ans, a déjà une carrière bien établie. Même si j'admire ce réalisateur pour la maturité de son travail, j'ai pas mal hésité à voir Ma vie avec John F. Donovan qui en plus ne ne pas être mon style de film a eu une postproduction qui a connue des difficultés, s'est fait incendié par les critiques US et possédait une bande annonce un peu brouillon.

Attention cette critique comporte de nombreux spoilers...

Même si ça ne va clairement pas être mon film préféré de l'année, Ma vie avec John F. Donovan m'a fasciné de par le thème principal qu'il développe. Ici, Dolan aborde d'une façon qui semble assez véridique le sujet de la solitude qu'un acteur hollywoodien peut ressentir. Cette solitude est familiale : dans la famille de John, tout les sujets tournent autour de sa carrière en sa présence, la plupart de ses proches veulent savoir comment va sa carrière sans se préoccuper de comment il va lui et il a une relation beaucoup trop tendue avec ses parents pour évoquer ses soucis. Sa solitude est également sentimentale étant donné que John est homosexuel et se sent obligé de ne pas aller plus loin que des rapports intimes avec d'autres hommes par peur de se faire surprendre par la presse et que sa carrière prenne fin, il se condamne donc lui-même à être seul amoureusement en plus de vivre dans le mensonge à travers une fausse relation avec une femme. Enfin plus généralement, le film parle d'une solitude sociale puisque John a de nombreux admirateurs mais parmi ces millions de fans, personne ne le connait vraiment, il n'a pas presque pas d'amis. Le propos de Dolan est donc honnête, il nous montre que personne n'a le monopole de la souffrance (après tout, qui n'a jamais été culpabilisé à travers des phrases telles que "il y a pire que toi, penses à ceux qui n'ont ni domicile, ni rien à manger" ?), que même une riche célébrité a le droit d'exprimer ses peines. Nous ne connaissons nos stars qu'à travers ce qu'elles veulent bien nous montrer et tout le monde, même entouré de millions de fans peut subir une dépression et se sentir seul.

Parallèlement à l'histoire de John, nous suivons celle de Rupert qui est un petit garçon fan de l'artiste. Ici aussi Dolan aborde la solitude et la peur de voir sa carrière s'envoler : l'enfant n'a pas d'amis et est même la cible de moqueries l'école, sa mère est absente, il ne voit plus son père et veut tenter tout les casting possibles pour ne pas disparaître du monde de la télévision comme sa mère, il a "tout perdu" lors de son déménagement et veut au moins conserver cette carrière. Le seul truc qui m'a un peu dérangé chez Rupert, c'est que les problèmes qui lui arrive forment un tout qui est un peu cliché, c'est du déjà-vu (par exemple il y a pas mal de similarités avec Sixième Sens) et donc beaucoup moins original que l'histoire de John.

En plus de la solitude, la pression de la presse et la dépression liée à la célébrité, on retrouve des thèmes très familiers au travail du réalisateur, que ce soit à travers John ou Rupert ; par exemple l'homosexualité, la relation mère-fils, l'absence du père ect... Bref, le film parle de beaucoup de chose (de manière approfondie en plus), il n'est donc pas facile à cerner du premier coup mais reste intéressant. Il faut néanmoins que Dolan fasse attention, car à force de se répéter dans les thèmes films après films, il va finir par lasser. En ce qui concerne la relation épistolaire qui s'installe entre les deux protagonistes pour échapper à la solitude et vider leur sac sur leur affliction, je l'ai trouvé très bien développée du côté de Rupert mais un peu moins du côté de John. S'il est facile de comprendre qu'écrire à son idole permet à l'enfant d'échapper à son quotidien constitué de violence à l'école et de conflits avec sa mère s'ajoutant à l'absence de son père, on peut en effet se demander ce qu'un adulte peut retirer de positif en racontant sa vie à un petit garçon qu'il ne connaît pas. En réalité, ces lettres sons un exutoire permettent à John de se confier enfin à quelqu'un qui le comprend, c'est peut être même une forme de thérapie lui permettant de réfléchir à sa situation... En tout cas j'aurais aimé que l'importance de ces lettres pour John soit relevée dans d'autres moments du long-métrage que juste à la fin, avec la dernière lettre. Il est également peu crédible que cette correspondance ai commencé lorsque Rupert n'avait que 6 ans.

Pour ce qui est des acteurs, Jacob Tremblay est absolument génial ! Il est rare de voir un jeune acteur aussi doué et mature. Quant à Kit Harington, c'est cool de voir la vedette de Game of Thrones sur grand écran car l'acteur est lui aussi très convainquant. Sans surprise Natalie Portman et Susan Sarandon sont excellentes dans leur rôle, il est en revanche un peu dommage que leurs personnages n'aient pas été plus développés, je pense que ça aurait rajouté d'avantage d'émotion puisque les actrices sont à elles deux présentes dans au moins trois des moments les plus émouvants du film. De plus, c'est vraiment plus que regrettable de retrouver de superbes acteurs tels que Kathy Bates ou Michael Gambon dans des rôles aussi secondaires, voire insignifiants.

Côté réalisation, Dolan fait une nouvelle fois ses preuves en terme d'émotion, nous retrouvons en effet des scènes dramatiques très efficaces, notamment celles qui concerne les fissures familiales. Par contre il y a certaines scènes où le réalisateur en fait un peu trop, j'ai par exemple trouvé celle où Rupert retrouve sa mère à Londres et celle où John pète un câble au boulot trop exagérées. Il y a également des passages du films qui sont malheureusement inintéressants.

Comme dans Mommy, la bande originale (composée cette fois par Gabriel Yared) est constituée de très bonne musiques et la photographie comporte quelques plans plutôt sympas, même si ça reste limité. Le montage entre le passée, le présent et la vie des deux personnages principaux est bien réalisé ; de plus on ne remarque pas qu'une grosse partie du film a été coupée donc ça laisse un peu plus passer la frustration liée à l'absence du personnage joué par la magnifique et talentueuse Jessica Chastain.

Il est assez incompréhensible que les critiques presse américaines se soient acharnées sur ce film à ce point. Tout n'est pas parfait, globalement c'est soit on aime, soit on accroche pas, mais avec un peu d'objectivité on en peut pas dire que c'est un raté, même si Dolan a fait mieux. La seule chose qu'on a envie de lui demander étant donné que certains des personnages de ses films sont autobiographiques, c'est : est-ce que tout va bien ?

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