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Ma vraie vie à Rouen par Voracinéphile

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Présenté comme une bonne surprise du cinéma auteur/LGBT français, Ma Vraie vie à Rouen inspire immédiatement des doutes au spectateur (une tranche de vie d’une heure et demie d’un adolescent français filmé en caméscope, homo ou pas, il y a un risque d’ennui, et difficile de savoir si la contrainte du dogme va lui être profitable ou non (car le Dogme ne réussit pas à tous les films, voir Julien Donkey Boy). Mais en l’état, fort heureusement, Ma vraie vie à Rouen se révèle intéressant à suivre. Il a compris que la fenêtre ouverte par le caméscope sur le quotidien d’Etienne comptait avant tout pour l’exposition des détails du personnage, de sa vie et de ses émotions. Plutôt que de chercher à faire un portrait générationnel, il se focalise sur son personnage, oubliant le côté narcissique (en l’état, le film est tourné comme si Etienne faisait un reportage vérité sur lui-même et ceux qui l’entourent) pour se livrer comme une confession totale au spectateur. Etienne donne tout, d’une certaine manière. Son quotidien (proche de sa mère et de sa grand-mère, plus distant avec le compagnon de sa mère, quelques rivalités), ses ambitions (sa passion pour le patinage artistique et son entraînement au cours de l’année en prévision d’une compétition). Et dans le déroulement de sa vie, il passe aussi beaucoup, beaucoup de temps avec Ludo, camarade de classe qu’il accompagne tout le temps. Son temps d’image est probablement le plus long du film, l’objectif étant dirigé par Etienne, c’est donc logique et finalement lourd de signification. Une approche réaliste payante et plutôt subtile pour aborder les balbutiements sentimentaux naissant de notre caméraman amateur. Il convient de relever que techniquement, le film est bien réalisé, monté et filmé (la caméra tremble peu, pas de musique rajoutée en post prod, le seul artifice est l’apparition du titre). Le jeu d’acteur est quasi impeccable (les plans des acteurs souriants à la caméra (réguliers) ne sonnent pas juste, c’est imputable au malaise des personnages d’être filmé sans préparation), tout le monde est investi dans son rôle, et s’en sort à merveille. Mention spéciale pour l’interprète de Ludo (le plus naturel) et évidemment pour Etienne, qui cumule un jeu d’acteur plutôt sobre (quasi-autobiographique) et l’entraînement au patinage artistique masculin. Le film n’est pas toutefois sans temps mort (petite digression politique très française avec le duel d’élection présidentielle entre Chirac/Le Pen, et les slogans scandés en manif avec le lycée et les parents, sans que ça apporte quoi que ce soit à la psychologie des personnages (ils sont de gauche, point.). Des petites scories pas très utiles, mais les personnages conservent leur étoffe, et il faut bien remplir leur année aussi (ils ne passent pas non plus leur temps devant la télé). Finalement, Ma vraie vie à Rouen est un film plutôt sincère, sans coup d’éclat, mais efficace dans son illustration du quotidien d’un ado plutôt bien dans sa peau, mais avec quelques préoccupations qui démangent.

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