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Mad Max 2 : Le Défi par 0eil

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De la poussière à perte de vue. Ah, l'humain, belle bête. Fondue dans la fournaise de l'Australie, ça donne une grosse saloperie bardée de cuir, avec une appétence sans borne pour l'essence. Et glou, et glou, et glou, c'est qu'il en descend, des litres, l'australien. Faut dire que ses landes chéries sont quand même de sacrés mouroirs où il ne fait pas bon traîner. D'autant qu'en plus d'une soif inextinguible pour l'essence, l'australien aime la chair humaine. Il aime la torturer, la pénétrer par n'importe quel orifice et en faire de beaux trophées qu'il fixe alors à son véhicule. Ouais, l'australien est pas spécialement fréquentable, mais si l'Australie était une zone touristique tendance, ça se saurait. D'ailleurs, si l'Australie était la terre d'accueil de nos journées plage, Mad Max 2 n'en serait pas pour autant le prologue publicitaire, oh que non. Il y est plus question de sorties organisées par de viles bandes de motards retors et de moeurs fort inciviles. Mais bon, a priori, c'est un peu tout ça, l'Australie.

Bam, retour du justicier de la route. A une époque où l'on donne suite à un peu tout et n'importe quoi, tentant vainement de réanimer l'intérêt pour un matériau qui se suffit souvent à lui-même, George Miller, lui fait dans le minimalisme. Non, Max n'est toujours pas le genre de gars à s'assoir à ta table en te complimentant sur le choix de ton thé. Non, Max ne va pas pleurer des larmes sur la beauté de la vie parce que, dans l'intro, on t'a dit qu'il allait réapprendre à vivre. Vivre, dans le désert australien, c'est une bataille de chaque instant et ça, Max le sait bien. George aussi, d'ailleurs. Plutôt que de venir chambouler un univers qui tient parfaitement par lui-même, George va juste vous tailler une tranche du quotidien de son protagoniste dans le désert. Le monde ne sera pas sauvé, ni chamboulé, d'ailleurs, il est envisageable qu'à six kilomètres de là, personne n'ait entendu parler de Max. Et que personne ne se souvienne spécialement de son passage par la suite. C'est pas cool, ça ? Miller aux commandes, on sent donc que l'amorce esquissé dans le premier volet va prendre de l'ampleur et de l'ampleur, la bougresse en prend, avec une intrigue qui va un peu plus loin encore que celle de son premier volet.

Solitaire, mais accompagné de son chien, Max trace donc sa route, faisant fi des divers gangers fous qui tentent encore de lui piquer son essence, chose qui, décidément, se trouve être le meilleur moyen de rencontrer son créateur. Manque de bol, il se trouve que l'essence, ça se fait rare : même Max commence à en manquer ! Heureusement, un campement non loin s'avère riche en précieuse ressource et notre bon Max va s'en approcher tranquillement. Oh, pas pour la discussion, ça non, il est toujours aussi mutique, notre brave homme. Sa seule et unique obsession reste son Interceptor, ça passionne un poil plus. Seulement voilà, cette gigantesque station service géante est assiégée par Humungus et sa clique, une bande de barbares tout droit sortis d'une friperie punk. Ce serait pas l'Australie sinon.

Episode emblématique de la saga, Road Warrior marque quand même la transition sauvage entre l'anarchie routière d'un Mad Max qui se basait quand même davantage sur les rouages d'un film de vengeance lent et contemplatif, au violent western post-apo brûlé par le soleil. Poussière pour border un horizon qui pue largement, pouilleux en attente d'un providentiel cowboy blasé et silencieux... et Mel Gibson en magnétique Clint Eastwood du futur, déballant ce charisme de chien enragé - mais d'une colère froide et patiente. Si Mad Max est entré dans la légende, c'est peut-être bien pour son désert hostile et ses ravissants habitants mais c'est surtout pour Mel motherfucking Gibson, tellement Mad Max que c'en est effrayant. Et pourtant, le type n'est pas un surhomme. A la limite, c'est un simple pécore moyen, un gars honnête, droit dans ses bottes et d'un mutisme qui se brise pour servir ses intérêts dans une économie de mots qui lui est propre. Pas de babillage insensé, mais pas davantage de longs monologues sur la dureté du monde. Le salopard est pas là pour se justifier ou pour raconter un peu son coin de terre. Le salopard est là pour passer la nuit.

Du coup, l'histoire est terre à terre, sans fioriture. Rien ne dépasse de cette intrigue qui pue la sueur et le rance, la chaleur. Si l'on croit que le film met un moment à démarrer, alors c'est qu'on est passé à côté du film, parce qu'il démarre d'entrée de jeu et ne s'arrête plus. Mais c'est sans doute qu'on se goure dans l'intention de Miller. A nouveau, ici, c'est une tranche de vie, un épisode de l'existence aride du pauvre Max, plus qu'une suite. Le "Road Warrior", c'est vraiment l'histoire d'un gars, eh ben il s'appelle Max. Et c'est parti pour deux heures. Images brûlées par le manque de nuage, personnages aux tronches burinées par l'austérité. Miller se mâtine une population bigarrée de tronches hétéroclites et affirme haut et fort ce qui est, selon lui, le coeur de la franchise : la course-poursuite. Et quelle course-poursuite ! Parce que le gars Miller, il se souvient que Mad Max premier du nom n'y allait pas autant qu'il l'aurait sans doute souhaité - faute de moyen - ici, il va avoir de quoi faire exploser, mutiler, ventiler et froisser de la taule, le petit salopard. Mais c'est pour le bien commun. Et clairement pour le bien de l'Australie.

Conclusion : bim ! violent, implacable, Mad Max 2 signe là le parfait exemple de ce que doit être une suite : retrouver l'esprit, pas le reproduire. En l’occurrence, Miller parvient à trouver sa voix tranquille, en mélangeant la pesanteur hallucinée d'un western à la fureur d'une course-poursuite qui marque d'ailleurs une bonne fois pour toute au fer rouge l'empreinte de la saga. Ici, on est là pour faire hurler des moteurs et se lancer à vive allure dans des paysages désolés, frère, afin d'échapper ou de rattraper des hordes de saloperie de barbares.

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