Divulgâchis à foison

Avis sur Madre

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J'ai été beaucoup touché par ce film, lumineux, dérangeant, lent et intense à la fois. Une femme (Elena) perd son fils de six ans, enlevé sur une plage française alors qu'il était censé être sous la garde de son père. Elle déménage à Vieux Boucau et prend un job là-bas, dans un restaurant sur la fameuse plage. 10 ans plus tard, un jeune de 16 ans en vacances (Jean) lui tape dans l’œil (sens figuré les gars...). Elle le suit, l'observe avec sa famille... mais ne fait rien. C'est lui qui vient la voir au resto le jour suivant et la drague de façon douce. Elle se prend au jeu et les deux passent du temps ensemble.

Mais attendez, si elle voit son fils en lui et qu'elle est amoureuse de lui... C'est incestueux ? Et dans tous les cas, au moins un détournement de mineur ? Ce sont les questions que l'on est obligé de se poser en regardant ce film, et auquel il n'apporte strictement aucune réponse. Ce qui est sûr c'est que la femme "n'allume" pas le jeune, mais elle aime passer du temps avec lui, et elle ne rejette pas ses sentiments à lui et son affection.

On est libre de penser beaucoup de choses. Je me suis demandé tout le long du film ce qu'était au juste cette relation, et vers où ça allait. D'un côté le jeune lui dit assez tôt dans le film "épouse-moi", de l'autre il ne se passe rien de charnel entre eux... jusqu'à leurs adieux.

Et c'est pour cette scène d'adieux dans une voiture que j'adore le film. Les baisers sonores de Jean sur la peau de la nuque d'Elena. Jean qui se consume de tendresse pour elle, entre la petite amie et la maman ; elle qui reçoit surtout, le visage qui s'illumine, et donne un peu, pudiquement ; la chanson de Damien Saez Jeunesse Lève-Toi sur l'autoradio... Il y a une infinie douceur dans l'amour de Jean, loin d'une sexualité explicite (incarnée par son frère odieux et dans une moindre mesure par son ex).

Je ne sais pas exactement ce qui se passe entre ces deux personnages... mais ça crève l'écran et le cœur, en bien.

J'aime beaucoup le caractère bilingue du film. Écouter la langue espagnole me plaît beaucoup (j'ai vécu en Espagne 2 ans, sans jamais m'y sentir chez moi, mais maintenant écouter parler les espagnols est un plaisir). J'ai aussi envie de penser que ce traitement d'un tel sujet nécessitait l'alliance de nos deux pays. D'un côté on a ces personnages 100% espagnols par la langue, cette belle lumière, cet accent chantant, cette caméra pleine de vie, de l'autre on a ce deuil silencieux, lourd, rentré, et in fine cette relation aux accents incestueux que la réalisateur espagnol a pu se permettre justement parce qu'il tournait en France... Je pense que la France est le pays pour ressentir les choses en solitaire, mettre des mots dessus et se confronter aux tabous. Je ne pense pas que le réalisateur aurait pu faire ce film en Espagne en langue espagnole. Je pense que l'écriture en France lui a permis d'oser aborder tous ces sujets et mettre en scène une héroïne solitaire. L'Espagne est le pays de la sociabilité, de la fête, de la légèreté. Quoi de plus passionnant que la collision entre ces deux univers ? Les possibilités ouvertes sont vertigineuses.

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