Dysphoria

Avis sur Malcolm & Marie

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On ne peut pas dire que Sam Levinson a choisi la facilité avec Malcolm & Marie. Huis-clos, deux personnages, noir et blanc et un pitch aussi exaltant que téméraire (un couple en passe d'imploser). Radical, oui c'est le mot. Ah oui, il faut aussi préciser que le film a été tourné pendant le confinement. Un sacré casse-tête logistique (lors du tournage, 12 personnes maximum autorisées dans la maison servant de décor), mais finalement on ne peut plus adéquat à la situation. Si le cinéma a bien un pouvoir, c'est celui de transformer les contraintes en avantages à l'écran, puisqu'elles incitent à se concentrer sur l'essentiel. L'histoire, les personnages et l'écriture. Un couac sur un seul de ces composants, c'est toute la machine qui s'enraye. Pour ma part, et dans le cadre de ce duel romantico-dramatique, le diagnostic est sans appel : Levinson pédale dans le yaourt. Pronostic ? Entre l'impasse et la sortie de route.
Arrivé à mi-parcours, une impression. Qui va persister sur les 45 minutes suivantes. Celle d'un film écrit d'un seul jet dans une sorte de catharsis ou flux de conscience. Pas que ce soit un problème en soi, combien de films ou de monuments littéraires virent leurs premières heures en l'espace d'une journée, d'une soirée, d'un instant fugace où les chakras se sont ouverts ? Seulement, entre le moment où ils poussent dans l'esprit ou sur la page de leur créateur et le moment où ils arrivent à maturité face au monde, un sacré paquet (pour pas dire tous, ne soyons pas présomptueux) auront passé le cap de la révision. Malcolm et Marie a semble-t-il fait l'économie de cette étape primordiale. Sur quelle base argumentative puis-je me baser pour livrer un tel jugement ? Elle tapisse l'œuvre du sol au plafond : l'écriture, tout bêtement. Le film se compose de trois grandes parties, toutes trois reliée par l'épreuve de force à laquelle se livrent deux créatures ayant mis leur couple en quarantaine pour attaquer de front les petites mesquineries, le nombrilisme et l'hypocrisie qui l'ont bâti. Sauf que dans cet exercice, le scénariste/metteur en scène oublie que les longues plages de dialogues/monologues peuvent tout aussi bien réduire en miettes les bonnes intentions. Surtout quand la surécriture crève les yeux (et les tympans) à ce point. Honnêtement, j'estime qu'il aurait été hautement recommandé d'en oblitérer la moitié tant ce recours devient redondant et indigeste. On passe d'une interminable logorrhée à une autre, le temps qu'une bonne réplique fasse mouche elle est déjà noyée dans ce remplissage éreintant. Il y a de quoi être fatigué par ce jeu de "je t'aime moi non plus" répétitif et de ces gros plans sur des larmes coulant le long de ces visages de chiens battus. Je tire néanmoins mon chapeau à Zendaya et John David Washington qui réussissent à donner une incarnation à ce fatras de mots (maux?) et à 2 personnages finalement peu intéressants. Pourtant et malgré leur prestation, ce problème fondamental de l'écriture me fait sortir du film et me pousse à l'interrogation sur le choix de ce noir et blanc (pure coquetterie ?), de ce propos abscons, de cette absence de rebondissement, de ce slalom entre les jacasseries existentielles et la masturbation intellectuelle. Tant d'efforts, de plans aussi travaillés, d'énergie déployée par deux interprètes en osmose, pour quelque chose d'aussi bruyant et infatué. C'est à n'y rien comprendre, mais y avait-il réellement quelque chose à comprendre de toute façon ?

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