Manchester (des)united

Avis sur Manchester by the Sea

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Il y a mille et une façons de raconter la même histoire, et Manchester by the sea vient nous rappeler qu’on peut traiter de sujets lourds en évitant l’écueil larmoyant.

Lee est un homme à tout faire bourru et pas décidé à faire des efforts pour améliorer ses relations sociales Il est peut-être compétent, mais il n’est pas avenant.
Même quand il apprend le décès de son frère il conserve une réserve, un manque de réaction qui indispose les gens auxquels il est confronté autant que le spectateur.

On pense qu’il a sans doute un déficit, un problème qui l’empêche d’exprimer ses émotions, mais déjà cet être à la marge fascine. C’est tant son comportement que les regards que lui adressent les gens qu’il croise qui nous donnent l’impression d’être face à un homme à la marge, face à une personne “à part”.
En quelques scènes il nous a happés, et ne nous lâchera pas jusqu’au bout du film. On veut le connaître, sans savoir si c’est le personnage on son interprétation par l’impeccable Casey Affleck qui nous attire.

Le récit surprend par sa construction, sa façon de ne pas trop en dire ou en montrer sans jamais perdre le spectateur mais en lui donnant à chaque étape assez de substance pour nourrir sa réflexion.
En découvrant le personnage principal par à coups, entre passé et présent, on cerne de mieux en mieux Lee et on comprend d’où lui vient son comportement d’ermite.
Cette approche tout en douceur, empreinte de pudeur se retrouve aussi dans les relations oncle/neveu.
Patrick, le neveu est lui aussi une bonne surprise: un vrai ado qui oscille entre son jeune âge qui lui commande de profiter de la vie et les considérations d’adulte que lui impose son nouveau statut d’orphelin.
Là aussi l’acteur est impeccable, et la construction du personnage soignée.
Les deux protagonistes dégagent quelque chose de vrai quand ils sont ensemble: leurs conversations s’emportent parfois, leurs phrases se chevauchent, leurs gestes sont maladroits, et on est touché par leur justesse.
Les deux hommes souffrent à leur façon, et essaient de gérer au mieux, de faire avec les moyens du bord.
Cette façon de tanguer gentiment se ressent particulièrement quand il s’agit de reprendre contact avec les femmes du passé: chacun s’empêtre entre l’affection, les reproches, et la maladresse, l’impossible retour à “la normale”.

Le film arrive à maintenir un équilibre entre des moments difficiles et quelques instants de répit qui laissent entrevoir l’espoir d’un avenir meilleur.
Le message, livré avec nuance et réalisme touche directement au coeur, et il faudra se contenter de quelques échanges en guise de dernière scène pour nous faire comprendre que la route est encore longue pour aller mieux, mais que c’est possible.

Pas de conclusion de film d’horreur ni de conte de fée, juste la vie qui revient doucement, des gens qui se reconstruisent et se soutiennent malgré les poids du passé dont ils ne pourront se défaire.
Réussir un film doux et élégant tout en abordant avec pertinence des sujets difficiles, c’est un exploit qu’on ne peut qu’apprécier.
Le tout en terminant sur une note assez positive pour qu’on sorte de la salle le coeur léger mais la tête pleine d’empathie pour ceux qu’on a aimé découvrir et pour lesquels on se plait à imaginer des jours meilleurs.

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