Une nuit avant la crise

Avis sur Margin Call

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Le film en une scène : deux cadres dirigeants de la banque prennent l'ascenseur à 4h00 du matin avec une femme de ménage et son chariot. C'est la rencontre entre la spéculation et l'économie réelle. Rencontre improbable mais dont le sens se résume en un seul mot : crise.

Les directeurs d'une banque d'affaires découvrent que leur modèle spéculatif est obsolète et qu'ils ne possèdent plus que des actifs pourris. Pendant une nuit, de réunions en réunions ils vont tenter de trouver une solution pour sauver ce qui peut encore l'être tout en sachant qu'il vont précipiter le monde dans une grave crise financière. Inspiré des événements de 2008, ce film analyse minutieusement les comportements de ces représentants de Wall street dont le cynisme et l'opportunisme n'ont pas d'équivalents. Chandor s'appuie sur une belle distribution pour brosser une série de portraits qui révèle une société sans repères dans laquelle la finance dicte sa loi du profit. Il dépeint avec sobriété mais efficacité le décalage entre ces traders et le reste de la population active, entre la spéculation et l'économie réelle. Un directeur égoïste et déshumanisé qui vient de licencier 80% de ses employés et ne pense qu'à son chien malade, des ingénieurs hautement spécialisés dans des industries de pointe qui ont rejoint la finance car en bricolant un algorithme ils gagneront en un an ce qu'ils auraient gagné en une vie de recherche, un président qui connaît peu les rouages de la finance mais occupe ce poste car "il sent les tendances", ces personnages peuplent Margin call de leur froideur et leur cynisme, où chaque situation est une occasion de s'enrichir quelqu'en soient les conséquences. Certains tireront une leçon d'humanisme de cette épreuve mais la plupart continueront sur la voie qu'ils se sont tracé. Le casting est à la hauteur de l'ambition avec des visages d'horizons différents, certains devenus rares comme Jeremy Irons ou Demi Moore, un Kevin Spacey toujours impeccable ou d'autres venus de la télévision.

Inscrit dans une durée de moins de 24 heures, le récit tient en haleine bien qu'il ne se déroule (presque) que dans des bureaux et qu'il repose surtout sur ses dialogues. On est très proche du théâtre et l'auteur aurait tout aussi bien pu en faire une pièce. Hormis quelques petites longueurs, ce "thriller" financier tient ses promesses et aborde avec une certaine justesse un sujet difficile dévoyé par des films comme Wall Street 2.

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