À l’est d’Eden

Avis sur Martin Eden

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Martin Eden est de la trempe de ces jeunes hommes au grand cœur que rien n’effraie. Et pour conquérir le cœur de la jolie bourgeoise Elena, il ne recule devant rien pour s’extraire de sa condition sociale et parfaire sa culture encyclopédique. Au prix d’une détermination sans faille et d’un travail acharné, le beau marin sans éducation parvient au statut d’écrivain de renom. Mais tout ça n’est pas sans conséquence sur l’amour et l’ambition du jeune italien.

« Martin Eden, c’est Jack London », pouvait-on lire chez les critiques américaines qui ont tôt fait de voir dans le grand œuvre de l’auteur de Croc-Blanc un roman autobiographique lors de sa sortie en 1909.
Martin Eden, c’est aussi peut-être Pietro Marcello tant il est tentant de voir dans le réalisateur italien un peu du jeune marin autodidacte.

Comme pour dénoncer le capitalisme et l’individualisme galopants, Pietro Marcello revient à une photographie aux tonalités naturalistes, loin des ambitions numériques et des pulsions scopiques des mastodontes du cinéma d’aujourd’hui. Pour mieux épingler aussi les vanités et les dérives de nos temps modernes.

Il fleure bon une certaine atmosphère surannée, parfumée d’influences picturales du XIXe siècle, chères au réalisateur, qui font de Martin Eden un film d’époque, à l’économie, résolument rafraichissant.

La transposition de son Martin Eden dans l’Italie du XXe siècle montre l’universalité et l’intemporalité de la lutte des classes sur fond de montée du socialisme à Naples, car "c’est la référence la plus proche par ses couleurs, le rapport à la mer et les dynamiques sociales et politiques. »

Sous des airs de témoignage historique et documentaire, le propos est d’autant plus prégnant qu’il est accompagné d’images d’archives qui viennent ancrer le récit dans une réalité napolitaine, en écho improbable mais convaincant au San Francisco de l’œuvre originale.

Primé à Venise et Toronto, gageons que ce joli film contribuera à démocratiser davantage le véritable chef d’œuvre de Jack London dont c’est ici l’une des rares adaptations réussies.

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