Comment dire ?... Une leçon. Une expérience. Un monument.

Avis sur Martyrs

Avatar Matt  Fox
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En ce mois de décembre, il faut bien faire un bilan de la décennie écoulé, et pour le moins dire c'est qu'il y a eu enfin une vraie remontée des films de genre dans le cinéma populaire et mainstream depuis quelques années. Split, The Witch, Hereditary, Midsommar, It Follows, Mr Babadook, Insidious, juste pour citer les derniers récents films de genre... Cela faisait des années que le cinéma de genre, notamment celui fantastique comme horrifique se traînait une réputation de cinéma nul, à chier, qui n'avait plus rien à donner aux fans.
C'est vrai que le cinéma d'horreur avait vécu des heures bien sombres après des années 90 plutôt de bonne facture l'arrivée du "torture porn" avec le carton surprise du superbe film Saw, et avait complètement changé la face du cinéma d'horreur dans les années 2000. Donc, malgré quelques bonnes surprises, le cinéma d'horreur américain s'est engouffré dans cette nouvelle voie et en a beaucoup souffert pendant longtemps.
De notre côté, chers français, on a eu une immense chance : l'arrivée d'une toute nouvelle génération de cinéastes bercés par Carpenter, Hooper, et compagnie, qui a essayé un moment de secouer le cinéma français en large et en travers. La génération Metal Hurlant, Starfix en somme. Christophe Gans réussit l'exploit de réaliser un grand film d'aventure au succès planétaire avec le Pacte des Loups, Alexandre Aja réalise un petit chef d'oeuvre avec Haute Tension, Boukhreif tente aussi avec ses films de bousculer les polars et les thrillers à la française, même un certain Canet obtient un succès d'estime dans ces films très singuliers....
En fin de meute, Pascal Laugier fait presque office de petit rejeton de la bande de ces nouveaux réalisateurs, et tout le monde pense que sa carrière est déjà foutue avec l'échec de Saint- Ange, premier film baroque lent et surprenant mais trop faible. Perdu pour perdu, notre Laugier tente de faire un "dernier film désespéré de façon désespéré".
Mais Laugier est ce genre de passionné qui ne va pas se laisser faire : tournage en retard, pas de story- board, 2 chefs opérateurs virés, une ambiance glaciale sur le plateau, bref Martyrs semble être un énième torture porn film stupide parfaitement calibré dans son époque, bourré de jumpscares, avec des acteurs nuls et une histoire nulle juste pour des ados en mal de sensations fortes. Bref un film d'horreur bien banal, comme il en sort une pelletée entière chaque mois en salles.
Et la suite continue comme si c'était un mauvais film pour le pauvre Laugier et son équipe. La polémique sur les -18 s'envenime franchement, et Martyrs fait parler de lui, surtout pour son côté ultra- violent et très radical. Martyrs sort en 2008 et c'est un échec cuisant en salles en France. Mais pourtant ! C'est un succès extraordinaire en festivals de films de genre, et même un succès international puisqu'il va carrément faire afficher complet dans quasiment tous les festivals nord- américains où il se rend. Un phénomène.
Plus les années passent, plus on se rend compte à quel point Martyrs a eu un impact énorme sur le film d'horreur français, peut- être le film d'horreur tout court.

L'histoire est plutôt simple, en effet une simple histoire de vengeance avec une héroine fragile maltraité durant son enfance qui va retrouver ses agresseurs une poignée d'années après. Mais le scénario devient très rapidement plus complexe, avec un mini- twist en milieu de film surprenant et plusieurs rebondissements assez choquants avec une fin aussi amère que grandiose. Mais c'est tout le traitement qui est absolument époustouflant.

La mise en scène est dingue : à la fois très bien posée et travaillé sur de longs plans, à la fois très brouillon lors de bagarres ou d'agressions, elle s'adapte parfaitement au récit. Les maquillages sont absolument incroyables, rendent le tout très crédible, notamment celle de la fameuse "créature" qui fait froid dans le dos. De même que le rythme va très vite, il est très bien dosé, à la fois lent et se pose lors de la dernière partie mais va comme des montagnes russes durant une première partie explosive.
Que dire mais la photographie est splendide, les cadrages superbes, mais aussi le ton du film, résolument sérieux et très noir, rendent à Martyrs une atmosphère à la fois terrifiante, mélancolique, et très profonde, rajoutent du cachet à un film décidément jusqu'au- boutiste.
Très radical, Martyrs n'oublie de faire une belle part à ces acteurs, sans qui le film ne serait rien : le duo d'actrices est parfait, Mylène Jampanoi est criante de vérité et est absolument hallucinante, de même que Morjana Alaoui qui est elle- aussi livre une interprétation géniale.

Martyrs, contrairement à un film d'horreur qu'on peut voir comme un autre, est une profonde odyssée du mal, sur la souffrance, radical, poisseux, dur, très dur à regarder, sur les plus extrêmes pulsions des êtres humains. Un chemin de croix comme on en fait rarement. Un authentique chef d'oeuvre mal compris par le grand public, mais qui pourtant est largement considéré aujourd'hui un must à regarder pour tout amateur de film de genre.
Honnêtement, un coup de poing horrible. Probablement le seul film qui m'ait vraiment traumatisé à vie, et probablement le seul film d'horreur qui m'ait vraiment terrorisé à refaire des cauchemars d'enfant. Très très éprouvant, mais c'est pour ça qu'on a pas fait mieux depuis ce film de genre en France.

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