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Le deuxième sexe

Avis sur Mary Shelley

Avatar Clara_Gamegie
Critique publiée par le

Love will find a way through paths where wolves fear to prey.

Lord Byron.

Je me suis vue en Mary Shelley. J’y ai vu une aspirante écrivaine dans le Londres du XIXème siècle. Je l’ai vu rêver d’écriture très jeune, s’émanciper très tôt, sans doute plus tôt que les autres. J’avais dix-sept ans lorsque je quittais le nid familial, refuge composé exclusivement de ma mère – et pour Mary, de son père. Elle s’est cherchée. Elle fut animée de multiples revendications féministes, avant de tomber amoureuse d’un homme qui lui a fait miroiter monts et merveilles. Puis, elle est tombée : le « Prince Charmant » n’existe pas. Elle m’a tendu un miroir, et nos reflets se sont confondus.

La mort de sa mère quelques jours après sa naissance, l’abandon de l’homme qu’elle aimait et en qui elle avait toute confiance, la perte de son enfant, ont donné naissance à Frankenstein ou Le Prometheus Moderne. Alors que la situation semblait désespérée, elle extériorisa son sentiment d’abandon par l’écriture. Je l’ai vu se relever, je l’ai vu dire « Non ». Non à la dépression et aux tourments de l’amour, et « Oui » à l’écriture. L’écriture comme exutoire, comme catharsis, comme seule salvation, s’y accrochant fébrilement tel un naufragé à un radeau de fortune : pour ne pas sombrer. Seule, blessée, mais prête à se battre.

Mary Shelley de Haifaa Al-Mansour est le film le plus féministe de l’année. Il revêt des revendications qui me traversent depuis ma plus tendre enfance. Il ne cherche pas à esquisser la féministe modèle comme une femme « froide » et désincarnée, libérée entièrement du joug de l’amour – comme on le voit trop souvent – de la volonté d’aimer et d’être aimé d’une seule personne. Au contraire, il exalte le sentiment amoureux, tout en étant une ode à la liberté, laissant aux autres le soin de faire leur propre choix et de mener leur vie comme ils l’entendent.

J’ai aimé ce film parce qu’il parle de la condition d’écrivaine d’hier et d’aujourd’hui. Constat effrayant, puisque les choses n’ont pas tellement changé. La condition de la femme écrivain est toujours aussi fragile, et le sexisme bien trop présent. C’est une constatation qui s’effectue rapidement lorsqu’on remarque le faible nombre d’autrices dans la littérature de genre. Il serait bon de rappeler aux hommes que la première œuvre de science-fiction, Frankenstein, a pourtant été écrite par une femme. Néanmoins, au-delà de l’examen des mœurs modernes, Mary Shelley est une œuvre aux grilles de lecture plurielles qui dresse un panorama général de la condition féminine, ce que l’on observe aisément à travers la relation à sens unique de Claire avec Lord Byron, et de Mary avec Percy qui, souffrant de la solitude, s’identifie au monstre, étant pourtant et sans le savoir, le plus beau joyau de l’intrigue – d’autant plus qu’Elle Fanning est une actrice extraordinaire, et extraordinairement belle.

Malgré tout, s’identifier à un personnage n’est pas synonyme de déni, et dans le cas de Mary Shelley, cela n’exempte pas le film de ses nombreux défauts. Pendant la première demi-heure, j’ai souvent pensé qu’il s’agissait d’un Bright Star de pacotille, étant donné que le personnage masculin, interprété par le très mauvais Douglas Booth, semblait être la réincarnation d’Edward Cullen placé dans les faubourgs londoniens du XIXème siècle. L’histoire d’amour, attendrissante mais bien trop naïve, provoquait presque un sentiment de gêne. J’y décernais le même romantisme que dans Bright Star, la même ferveur amoureuse, mais sans l’éclat de la mise en scène de Jane Campion, comme si un musicien sincère mais maladroit jouait sur un piano désaccordé.

La musique n’embellissait pas ce sombre portrait. Un simple mickey-mousing, et le lyrisme des violons se fondaient aux baisers mièvres de Mary et Percy. J’avais alors, à tort, la sensation que Haifaa Al-Mansour peignait un conte charmant mais quelque peu désuet. C’était sans compter sur le brio de la cinéaste. Vers le milieu du film, le charme se rompt. Soudain, il n’y a plus de conte. Percy Bysshe Shelley, dont sont tombés amoureux Mary et la plupart des adolescents, n’est pas celui que l’on pensait. Mary doit alors apprendre à être sa propre personne, à devenir adulte, à s’affranchir de l’amour qu’elle lui porte pour être libre de le recevoir. Dès lors, Mary Shelley se mue en coming-of-age movie et les personnages secondaires, jusqu’à présent dichotomiques, se bonifient comme le vin. L’excentrique Lord Byron, porté par l’éminemment sensuel Tom Sturridge, se révèle plus intéressant et bien moins cliché qu’aux premiers abords.

Malheureusement, l’alliance entre le formatage des studios et le regard poignant d’une cinéaste ne permet pas au film d’être totalement réussi. Comme le signale le dossier de presse, il s’agit d’un film de commande, ce qui n’empêche pas le long métrage de perdurer dans les esprits, en délivrant une vision nécessaire pour toutes les femmes d’aujourd’hui.

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