ça a le goût de... Mais....

Avis sur Mary et la Fleur de la sorcière

Avatar Nio_Lynes
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Hiromasa Yonebayashi a travaillé chez Ghibli et ça se voit. De fait on lui doit Arriety, le petit monde des chapardeurs et Souvenirs de Marnie (que pour ma part j'aime beaucoup, voilà lancez moi les tomates, ah non, gardez les pour la fin, tiens) et ici pour la première réalisation du studio naissant Ponoc, la constatation reste de taille : tout le long, "ça a le goût d'un Miyazaki, ça sonne presque comme du Miyazaki, ça ressemble à du Miyazaki, mais ce n'est pas du Miyazaki".

Là vous me direz : "Ho, ce n'est pas parce qu'il sort de chez Ghibli qu'il faut l'accuser pour autant de faire du plagiat ou des coup de coudes trop appuyés, laissons-lui sa chance". Ah mais je suis bien d'accord. Prenons Hideaki Anno. Passage en 1984 comme animateur sur Nausicäa de la vallée du vent. On voit ses oeuvres plus tard en tant que réalisateur ou créateur à part entière chez Gainax, un petit clin d'oeil amusé à Totoro dans Elle et Lui, un poster de Nausicäa en fond dans la chambre de l'héroïne de Gunbuster (chef d'oeuvre de "l'anime avec robots" au passage encore souvent méconnu. C'est simple, regardez le boîteux Pacific Rim, tout est déjà chez Anno dans Gunbuster en 10 fois mieux et plus puissant. AIE ! Non, pas encore les tomates aie ! Oh tiens, une pomme de terre, ça fait mal, la vache) mais sur Nadia et surtout Evangelion, on est alors très loin de Miyazaki et Ghibli.

Certes, Hiromasa Yonebayashi n'occupe pas forcément le même poste que pouvait tenir Anno. Il était déjà réalisateur sur Arriety et Marnie. Et autant sur le premier on pouvait sentir maître Hayao rôder sur l'oeuvre, en producteur soigneux, probablement jamais loin de Yonebayashi, guettant la petite goutte de sueur qui perlerait du réalisateur s'il faisait un pas de travers, un peu comme Disney avec J.J.Ab...Aie, non pas dans le nez le celeri. Bon, sur Marnie, en adaptant une nouvelle de Joan G. Robinson, il avait dès lors une base plus libre à même de créer un très beau mélo aux frontières du fantastique (avec même une relation ambigüe vis à vis des deux jeunes filles) et là moi j'applaudissais. Ah, ah, raté, c'est bien un navet que je viens de voir balancé à côté de moi ?

Ici, on pourrait croire qu'une nouvelle adaptation lui permettrait de prendre pleinement son envol de poussin hors du nid Ghibli. C'est The Little Broomstick de Mary Stewart qui sert de base. Mais probablement pour ne pas décevoir et s'assurer une certaine assise, Yonebayashi va reprendre une certaine imagerie propre à l'oeuvre de Hayao Miyazaki. Enfin à ce stade, ce n'est pas juste reprendre, c'est pomper littéralement comme s'il avait trouvé un fillon de pétrole à exploiter à la bourrin.

Une sorcière qui a du mal avec son balai et a aussi un petit chat noir ? Il y a du Kiki's delivery service là dedans mais passons. Le petit feu qui parle et se déplace de lampes en lampes ? Coucou Calcifer du Château Ambulant, on t'a reconnu. La petite vieille enrobée qui est gentille et se révèle méchante et vice-versa ? Yubaba du Voyage de Chihiro (avec ici une apparition en flaque d'eau gigantesque qui rappelle directement l'esprit de l'eau qui arrivait dans les thermes dans Chihiro, vous savez, l'esprit putride dans sa forme finale, nettoyée de tout) mixée avec La Sorcière des Landes du Château ambulant. Le papier plié en papillon qui suit l'héroïne ? Le papier plié traître du Voyage de Chihiro. Les créatures volantes mi-poisson, mi-oiseau mi-liquide ? Une variation des créatures en forme d'eau, hybrides sur lesquelles court la petite Ponyo (d'ailleurs Ponoc c'est proche de Ponyo quand on y pense...). Ce gros losange dans le ciel aperçu quand Mary arrive à l'université Endor (Endor... Comme dans Le retour du Jedi ?) ? La pierre magique qui soulevait tout le fabuleux Château dans le ciel. La tronche des robots qui aident le docteur fou ici ? Un léger goût de déjà vu avec Le château dans le ciel. D'ailleurs l'ouverture de Mary avec une jeune fille qui s'enfuit c'est une variation de celle du Château dans le ciel (dans l'un on essaye de s'échapper face à des pirates de l'air parce qu'on détient quelque chose, dans l'autre on essaye de s'échapper de l'université parce qu'on détient quelque chose... tousse, tousse)...

J'arrête là l'énumération, je viens de me prendre un concombre dans l'oreille voyez-vous.
Mais bon, à force de distiller son système de référence qui marqueront probablement plus le cinéphile et le fan que le grand public, le film perd toute identité, voire toute âme. Distrayant certes, sympathique oui, bien plus que le ratage intégral en début d'année qu'était Fireworks. Mais oubliable malheureusement malgré la sincérité de Yonebayashi qu'on devine aisément. Dommage, très dommage.

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