La violence des échanges en milieu superficiel

Avis sur Maryland

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En ce mercredi où l'absence de sorties intéressantes, se fait durement ressentir, Maryland avait la chance de se retrouver sans concurrence et d'être la bonne surprise de la semaine. Malheureusement, le second film d'Alice Winocour ne réussit pas à tenir les promesses du début et sans Matthias Schoenaerts dans le premier rôle, le temps aurait semblé très long....

Vincent (Matthias Schoenaerts) est un militaire souffrant de stress post-traumatique, dans l'attente d'une décision pour retourner sur le terrain, il est engagé pour assurer la sécurité lors d'une soirée dans le domaine de Maryland. On va lui proposer de prolonger sa mission, en s'occupant de Jessie (Diane Krueger) et de son fils Ali (Zaïd Errougui-Demonsant), durant l'absence de son mari Imad Whalid ( Percy Kemp), un homme d'affaires libanais.

C'est un thriller froid, à l'image du domaine donnant son titre au film. C'est aussi un huis-clos, un home movie invasion, un drame, un complot politique, une histoire d'amour, la belle et la bête, etc.... C'est un film qui brasse plusieurs sujets, mais n'en maîtrise aucun. C'est ambitieux, mais comme l'intensité du début, cela s'essouffle en cours de route, en n'étant finalement qu'un film esthétiquement réussi, mais souffrant de l'absence d'un scénario consistant.

C'est assez étonnant de la part de la co-scénariste du réussi Mustang, qui va représenter la France aux oscars. Alice Winocour a des idées, beaucoup d'idées, mais a du mal à les conclure, où du moins à leur donner de la consistance. Son film est visuellement réussi, mais elle semble se perdre dans les pas de Matthias Schoenaerts, comme fascinée par le personnage et moins par l'histoire. Il porte le film sur ses larges épaules, en imposant sa violence contenue. Il est ambigu, on ne sait pas si on doit en avoir peur, ou lui faire confiance. On retrouve ce sentiment dans le regard de Diane Kruger, seule face à cet inconnu qui la dévisage froidement. Elle est mal à l'aise en sa présence et le spectateur l'est tout autant.
Mais face à l'intensité que dégage son partenaire, elle fait pâle figure et donne l'impression de n'être qu'un objet de plus, exposé dans la demeure de son richissime mari. C'est une blonde parmi tant d'autres, comme elle est décrite lors de la soirée. Dans ce monde fait de faux-semblants et d'apparence, elle ne sort pas du lot. Les hommes en costumes exhibent leurs femmes ou maîtresses, se déhanchant et souriant aux sons d'Azelia Banks, Crystal Waters, entre autres. Ils complotent, s'enferment loin des oreilles indiscrètes, un ministre français est aussi présent, alors que les femmes continuent de se prélasser sans donner l'impression de pouvoir faire autre chose.
C'est étonnant de la part d'une femme réalisatrice de réduire les femmes à des objets, comme si elle voulait tellement démontrer sa capacité à mettre en scène un film de genre, qu'elle en a oublié de développer son personnage féminin principale.

Matthias Schoenaerts impressionne une nouvelle fois, mais semble se cantonner au même rôle. Il jouait le même type de personnage dans Bullhead et De rouille et d'os, mais surtout ces deux films étaient réussis. Son indéniable beauté esthétique, où ses ralentis ne sont pas superflus, comme lorsque l'on suit le "héros" dans les couloirs de l'immense demeure, avec la musique de Gesaffelstein, en osmose avec l'image. Tout semble parfait, trop parfait, avant que la violence émerge et brise l'excellence du début.
Tout les enjeux mis en place auparavant s'effondre. Le semblant de paranoïa a totalement disparu. La tension est retombée, rien ne sera plus comme avant et c'est vraiment dommage. On suit notre "héros", on attend l'explosion, le moment où il va basculer, après avoir était constamment sur le fil. Son incapacité à communiquer, son absence de chaleur humaine, sauf avec le berger allemand de ses employeurs, démontre son état psychologique plus proche d'un animal, qu'un être humain. En jetant un regard; même imparfait; sur ces hommes revenant du terrain, marqués aussi bien physiquement, que psychologiquement, Alice Winocour ouvre une porte sur ce monde qui nous est inconnu et rarement traité dans le cinéma français.

Un film à la plastique irréprochable, mais devenant vide, en ne réussissant pas à exploiter ses promesses entrevues au début. Il y a un goût d'inachevé, à l'image de ce plan final, dont chacun se fera sa propre idée.

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