Du prototype de slasher à la métaphore sociale

Avis sur Massacre à la tronçonneuse

Avatar Jean Danner
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Massacre à la tronçonneuse est sûrement le film le plus connu et important de Tobe Hooper. Le contexte de crise, de tensions politiques et sociales dans lequel l'action prend place plane sur tout le film et lui insuffle une aura apocalyptique.

Des gamins des 70's portant des chemises à fleurs prennent en auto-stop un individu défiguré, manifestement dérangé, arborant des bracelets d'os. Présentant des photos de ses «trophées» de l'abattoir, il se fait vite menaçant et ne tarde pas à se saisir du couteau de Franklin, un des jeune de la bande et, dans un pur délire d'auto-mutilation il se tranche la paume de la main. Dans un second accès de violence, il brûle la photo de Franklin qu'il viens de prendre, se jette sur lui et lui entaille le bras, ce qui lui vaut d'être éjecté du mini-bus.

Deux représentant d'une même génération mais ne vivant pas dans le même monde. D'un côté ces jeunes Américains ayant pu profiter de la modernité, du progrès social et de la libération sexuelle et de l'autre ce Texan défiguré, au comportement violent et imprévisible, ayant grandi dans une famille de bouchers. Cette scène exprime le choc social de la rencontre entre ces jeunes Américains et la population reculée du sud des États-Unis, opposition sociale bien présente dans la société américaine de cette époque. Cette confrontation entre deux pans des États-Unis amène à de l'incompréhension, du dégoût, du rejet et à une violence qui va se révéler sans borne.

Dans une descente aux enfers allant crescendo, le petit groupe va se voir décimer, un à un, par un autre représentant de cette famille, affublé d'un masque en peau humaine : leatherface. Après avoir découvert la maison et ces décorations d'ossements, Kirk se fait abattre à grand coup de masse, comme un bœuf. A partir de là l'enchaînement des meurtres se poursuit, dans une violence extrême, par un leatherface déchaîné, comme habité par toutes les frustrations qu'a pu générer cette vie recluse dans le fin fond du sud des États-Unis, abandonné par le monde moderne. Après le meurtre de Jerry, Pam et Franklin, Sally est la dernière survivante, se retrouvant seul face au monstre. A la manière d'un David Mann poursuivit par un camionneur fou, Sally se retrouve à fuir un tueur, métaphore de toute la haine que ressent une partie de la société américaine de l'époque, sacrifiée par la modernité et abandonnée dans une perpétuelle sécession à la fois choisie et subie. Lors de cette valse macabre, dans un décor d'ossements, d'animaux empaillés et de peau humaine, où les morts trônes en chef de famille, le symbole de la jeunesse américaine est pris en chasse par les représentants du côté dégénérescent de la société, comme pour les punir des privilèges dont ils ont pu profiter. Cette course-poursuite, menant inéluctablement vers une fin funeste, est le constat et le résultat symbolique du bourbier politique et social dans lequel sont coincés les États-Unis. En représentant métaphoriquement le déchirement social présent dans la société Américaine de l'époque, sur laquelle plane les crises politiques de la guerre du Vietnam et de la crise pétrolière, le film de Tobe Hooper bénéficie d'un niveau de lecture supplémentaire, devenant ainsi plus qu'un simple slasher.

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