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Massacre à la tronçonneuse par 0eil

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2014, l'anniversaire de "Texas Chainsaw Massacre", film qui paraît aujourd'hui antédiluvien, précurseur pourtant. Avant la cohorte de Slashers masqués en tout genre, il y a eu le précédent, le grand-papa à tous, le personnage mythique sur qui on a fait reposer tout un tas de fantasmes. Massacre à la Tronçonneuse, c'est un peu l'avant-gardiste long-métrage qui posa les bases d'un genre qui, encore aujourd'hui, attire les foules. Une bande d'ados à la viande bien rose et aux hormones en ébullition, un méchant résistant et plutôt insistant, et un coin de monde bien isolé de la civilisation. Et sonnez tronçonneuses, le massacre commence !

Difficile de voir le film maintenant que la ribambelle de "souviens-toi le Scream dernier" est passé par là. Du slasher, on en a eu, un bon nombre et personnellement, j'avais déjà vu mon pesant de la saga de Wes Craven avant même de voir, pour la toute première fois, le long métrage à la chaîne rutilante. J'avais été captivé par le petit résumé de censure qui était fait en guise de prologue au DVD qu'un ami avait apporté. Puis j'avais ri quand la voix française avait annoncé que l'héroïne avait un petit frère "impotent". Fatalité ! Et puis, j'avais assez vite déchanté. On perd rapidement le sourire devant l'introduction incroyable du métrage. Ces visions fugitives de chair en décomposition, sous le flash d'un appareil photo, puis ce loooonnng plan d'un cadavre en putréfaction et costard, siégeant sur une tombe, dans un paysage brûlé à l'orange crépusculaire. Le Texas. Ce putain de Texas. C'est pas bon d'y traîner, encore moins quand on a le pied tendre. L'équipe de bras cassés qui débarque dans les parages aurait dû se faire de l'adage un pendentif, car ce sera pour eux la malédiction qui va peser plutôt lourd sur les épaules.

Cela dit, en profane, au premier visionnage, le célèbre "Leatherface" s'était fait sacrément attendre. Quel enfoiré. Alors on suit les pérégrinations de ces adolescents et du frère invalide, qui a dû perdre l'usage du bon-sens en même temps que celui des jambes tant il n'aurait pas dépareillé de l'autre côté de la tronçonneuse. Broussaille, hautes herbes et maison abandonnée, jusque là, tout va bien. Enfin, jusqu'à ce qu'on approche un peu trop d'une maison bizarre, nichée dans son coin de poussière et qu'on essaie d'y entrer. Étrangement, je trouve presque l'apparition du tueur à la tronçonneuse rassurante, en un sens, car à partir de là, il pique la vedette au véritable méchant du film. Le putain de Texas. Son côté sordide, que la caméra attache avec un soin particulier, montrant l'étrange mobilier de la maison des cannibales, présentant avec une fascination malsaine les recoins tordus des alentours de la maisonnée. Ce mal qui rôde dans les fougères, il est palpable mais fuyant, aussi présent que le ronronnement du générateur à essence. Une espèce de souillure, comme l'humidité et la chaleur omniprésente. Un tueur, on peut lui échapper, la fille même y échappe. Mais cette corruption terrible qui plane sur tout le film, beaucoup moins.

Le décor, en réalité, est tellement suffoquant, posé avec une maîtrise qui force le respect, qu'à la limite, cette famille de dégénérés en est la conséquence logique, la production incestueuse évidente. il est assez amusant de constater, d'ailleurs, combien le métrage pose des bases qui vont être réutilisés ad vitam eternam : le couple qui a l'air sexuellement actif (monsieur propose à mademoiselle d'aller se baigner sans maillot de bain, hi hi hi) est le premier à mourir, par exemple. D'ailleurs, j'avais lu une anecdote racontant combien Ridley Scott avait été impressionné par le film au point de s'en inspirer pour Alien et il est vrai que plusieurs parallèles peuvent être fait - à mon sens - entre les deux pellicules : rien que le rôle de l'héroïne et la façon dont elle se construit dans l'adversité est très intéressante, ainsi que la place de l'environnement - et la façon dont il en est fait presque un personnage à part entière dans le déroulé du film (Texas vs. Nostromo).

D'ailleurs, une fois la course-poursuite lancée, on reconnaît un peu les tares du genre qui se posent d'office. Le film perd un peu de cette tension qui s'était accumulée. Entre le grand benêt qui, face à une maison apparemment remplie de bestioles mortes et bizarrement déserte, décide quand même d'y entrer (après tout, c'est jamais que le Texas, ils peuvent pas être SI méchants !). Avec toujours cette fascination morbide pour le groupe d'une personne, longue fil indienne vers la mort la plus évidente. Et il y a l'unique survivante, dont on va finalement suivre le pénible chemin de croix. Tout ce que j'en ai retenu, c'est qu'elle sait donner de la voix... L'héroïne hurle à plein poumon et court. Et hurle. Hurle. Hurle encore. Tente de se cacher mais convient que continuer de hurler nuit à la cachette et conclue qu'il est impossible de se cacher et de hurler en même temps. Aussi décide-t-elle d'arrêter de se cacher, pour librement pouvoir continuer de hurler. Leatherface, malgré tous les détours que prend Blondie pour parvenir à s'enfuir, la talonne toujours d'un ou deux pas, se permettant sans doute des pauses hors-champs.

Au final, il n'en demeure pas moins que le modèle fascine. L'ambiance poisseuse y est prenante, presque davantage que cette famille de cannibales. De toute façon, c'est le Texas, le véritable méchant, puisque après tout, c'est de son massacre à la tronçonneuse dont il est question, et non de l'histoire de ces cannibales, finalement très anecdotique et surjoué. Ils ne sont jamais qu'humain, là où l'aura humide et brûlante de cet Etat étrange restera immortel. Dommage que les slashers que j'ai vu après lui n'aient pas saisi la portée d'un contexte sordide pour donner corps à la peur, plutôt que d'attendre que l'assassin fasse tout le boulot.

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