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Matador par filmsenvrac

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Matador, film de 1986, réalisé par Pedro Almodovar

Titre original: Matador (Film espagnol)

résumé: Angel est un apprenti torero à la sexualité et à la psychologie plutôt troublée. Diego, son maître torero est une ancienne star des arènes madrilènes, ayant du mettre fin à sa carrière après une corrida ayant mal finie, et pour qui s'arrêter de tuer revient à s'arrêter de vivre. Maria est une avocate très reconnue dans le milieu juridique, et assassinant (secrètement bien sûr) ses amants en leur plantant une broche dans la nuque, figurant ainsi une mise à mort tauromachique. Lorsque Angel s'accuse de lui même de 4 meurtres jusque là inexpliqués, deux commis par son maître et deux commis par l'avocate, c'est alors Maria elle même qui se charge de sa défense.

critique:
Des la première scène de Matador, le ton du film est donné, et par la même occasion, le ton de la plupart des films de Pedro Almodovar est résumé. En effet, on y voit un jeune homme (Angel), entrain de regarder un film d'horreur des plus sanglants. Quoi de plus naturel me direz vous? C'est vrai, après tout, tout film est tourné pour être vu et cette scène pourrait passer pour totalement anodine si le jeune homme en question n'était pas entrain, en regardant cette vidéo, de se masturber.

Le sexe et la mort sont donc les deux thèmes de ce film. Ou plutôt l'association des deux est le thème principal de ce film durant lequel Angel est catalogué comme étant un dérangé mental et est rapidement interné dans une clinique psychiatrique, à juste titre d'ailleurs, puisqu'en plus de sa sexualité trouble, le jeune homme souffre d'un complexe de culpabilité, voulant à tout pris se faire accuser de tous les meurtre possibles. Mais alors que dire des autres personnages de ce film, apparaissant pourtant comme normaux aux yeux du monde? Maria, l'avocate de renom, est elle aussi obnubilée par la mort et son association au sexe et ne peut s'empêcher lors de ses ébats avec un homme, de le tuer d'une épine dans la nuque, tout en continuant par la suite de prendre son pied. Le cas de Diego, est quelque peu différent bien que similaire. L'ancien torero ne peut en effet pas supporter le fait qu'il ne puisse plus toréer, et pour combler se vide, essaie de recréer l'osmose qu'il y avait entre lui et le taureau en envoûtant des jeunes filles (en outre ses élèves féminines) puis en les mettant à mort. Comme il le dit lui même, pour lui, "s'arrêter de tuer, c'est s'arrêter de vivre".

Le sexe, la mort, ce sont donc là des thèmes récurant dans l'oeuvre de Almodovar qui sont abordés, et qui d'autre que Almodovar pouvait aussi bien les aborder? Car ce film, qui est l'un de ses premiers, est aussi l'un de ses meilleurs. Pedro y sublime la mort comme jamais, joue avec elle, comme dans cette scène du défilé de mode, ou le styliste (d'ailleurs joué par lui même) gronde une mannequin qui se drogue à l'héroïne pendant qu'on la maquille, mais la gronde non pas sur l'acte en lui même, mais juste sur le fait qu'elle aurait dut aller aux toilettes pour le faire, car comme il le dit lui même "si vous voulez vous droguer, les toilettes sont là pour ça". Matador est de ce genre de film que l'on pourrait regarder des dizaines de fois tout en subissant son suspens toujours de la même manière que lors du premier visionnage. Chaque mouvement de caméra impressionne nos pupilles, le moindre pont devient un lieu morbide du haut duquel des suicidaires se jettent, le moindre studio ou la moindre maison peut devenir le théâtre de meurtres sanglants, et une chose est sûre, mesdames, vous ne verrez plus jamais vos broches de la même manière après avoir visionné ce pur produit Almodovarien.

Dans Matador, Amodovar allie d'une manière à la fois violente et terriblement personnelle le crime et la sensualité. La mort et l'amour s'entremêlent dans une danse macabre dont les acteurs principaux dont la folie et la pensée sont des conséquences de leurs amours, amènent immanquablement à une fin tragique qui n'est pas sans faire penser à la tragédie Shakespearienne Roméo et Juliette. Tout comme les deux héros de Shakespeare, Diego et Maria meurent dans les bras l'un de l'autre, dans une scène d'anthologie à la mise en scène parfaite.

Tout dans ce film, que ce soit le jeu des acteurs, la mise en scène ou la musique, tout retranscrit quasi-parfaitement un univers glauque et oppressant peuplé de gens obsédés par la mort, leurs désirs amoureux, ou encore la religion, en témoigne la mère de Angel, à l'esprit complètement sclérosé par son amour de Dieu (et de Dieu seulement).

critique écrite par Tagazok

ma note: 17/20

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