"Xavier et Dolan"

Avis sur Matthias & Maxime

Avatar Samuel Choron
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Après la production difficile de « Life and Death of J.F Donovan », Xavier Dolan l'a dit, il voulait revenir à ses premiers amours : le cinéma Québécois, par des Québécois et, on va pas se mentir, pour des Québécois. Cependant, le cinéma, comme la renommée de Dolan, est international. Alors, que vaut ce « Matthias et Maxime » de l'avis d'un 'maudit français' ?

Les films de Xavier Dolan ont cette petite tendance à tourner en boucle concernant certains gimmicks. Le personnage du trentenaire homosexuel traversant un changement dans sa vie et ayant une mère dysfonctionnelle, on le connaît bien. Normal, il revient dans presque tous ses films.
Difficile donc d'être surpris à la lecture du synopsis : Maxime, la trentaine ayant une mère un peu tarée, part à Melbourne pour y vivre sa plus belle vie. Et se faisant il doit laisser toute sa jolie «gang de cheums » à Montréal. Dont Matthias, son grand copain d'enfance, hétérosexuel mais pas vraiment, homosexuel mais pas toujours.
Si je souligne ce point, ce n'est pas parce que j'y accorde personnellement de l'importance mais que le scénario repose définitivement là-dessus. Toutes les turpitudes de nos deux protagonistes se basent sur cet unique point, faisant d'une liste de courses écrit sur un post-it un équivalent de la Bible en comparaison du récit qui nous est proposé.
C'est là que le bât blesse. « Matthias et Maxime » aurait pu être une belle histoire d'amitié. Une histoire centrée sur la peur de l'abandon ressenti par l'un, et sur un départ difficile pour l'autre. Mais non, il a fallu que Dolan y introduise cette ambiguïté omniprésente. A croire qu'aucun rapport humain ne peut être sincère s'il n'y a pas d'ambivalence dedans. En choisissant le confort de thèmes qu'il ne connaît que trop bien, le réalisateur s'enferme un peu, c'est dommage tant certaines tentatives nouvelles fonctionnent bien.

Côté technique, on retrouve la patte habituelle. Exit cependant les fulgurances à coup de ralentis, de flous à tout va et de musiques populaires, seulement quelques « plans-tableaux » tellement forcés qu'ils en perdent tout charme, et aux références aussi discrètes qu'un nazi au salon de la Kippa (le plan Titanic en tête de liste).
On sent cela dit qu'il y a de l'amusement derrière la caméra même si les choix techniques ne fonctionnent pas toujours. A titre d'exemples ,des flous d'avant-plan lorsque la caméra suit un personnage ou des quelques zooms-dezooms quasi épileptiques venant rompre de manière technique le quatrième mur sans apporter pour autant de valeur ajoutée. Demeure une gestion des lumières agréable et un rendu pellicule qui manque au cinéma actuel. Si l'ensemble est plus simple et moins suranné que les œuvres passées, il reste encore quelques passages suggérant que le Québécois aime toujours autant se regarder filmer. Est-ce la répétition au travers de ses films qui entraîne la lassitude ou le prodige aurait-il franchit la frontière entre la beauté et la lourdeur ?

Outre ces défauts quasi-inhérents aux films de Dolan (certains diront que c'est même son style), « Matthias et Maxime » est un beau film dans son intention. Une fois passée la surcouche de l’ambiguïté inutile, cette histoire d'amitié parvient à émouvoir et à faire rire, beaucoup même. Le tout est teinté de cette ambiance québécoise si particulière. Il faut adhérer mais, quand on aime, on est tout de suite emporté. Les deux heures du long-métrage passent très vite et on s'attache à cette bande de potes qui rapidement nous fait écho. Il y a les prises de becs pour pas grand chose, les niaiseries, les bagarres et les jeux. Dans la représentation de tout cela, c'est un film qui fait vraiment du bien.

A noter au générique une mention toute particulière qui suit l'habituel « toute ressemblance avec la réalité est fortuite » : Dolan précise : 'et je suis un individu indépendant et solitaire', arrachant un dernier sourire au spectateur et le consacrant, une fois encore, en réalisateur qui parle avec le cœur.

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