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Ode à L'Amour - Critique de Mauvais Sang par EpsicrOnn

Mauvais Sang est un film qui rejette l’académisme formel du livre de l'apprenti cinéaste. C'est une œuvre poétique, lente, avec des fulgurances de mises en scène. Son scénario se plait à se laisser désirer ; tantôt explicite ou à contrario métaphorique. Il est impossible de rester indifférent devant cette œuvre de Carax qui ne fait pas dans la demi-mesure. On est soit perdu, soit emballé, point de place pour l'entre deux.

Mon premier Carax, ma première surprise

C'est par le conseil avisé d'un " Carax lover " que je me décide à le regarder. Lecture du synopsis et rapide coup d’œil sur la page Wikipédia, orignal, pourquoi pas après tout. Je m'attends à découvrir un film précurseur sur le traitement du Sida dans le cinéma et je plonge dans la projection, popcorn à la main.C'est de par l'ambiance si particulière de ce film que j'ai compris que j'avais fait fausse route.

Ne jugez pas trop vite, laissez-vous emporter

Ce serait mon premier et surement plus important conseil.
D'abord rebuté par cette diction grave, quasi inaudible par certains moments, j'ai fini par y prendre gout finissant même par parler de la même manière dans la vie réelle ( au grand dam de certains ). D'abord rebuté par un rythme si lent de par ces plans de monologue à la voix si basse qui durent parfois plusieurs minutes, j'ai fini par y prendre gout quand j'ai compris qu'au-delà du dialogue aussi poétique est-il, se trouve aussi la beauté intrinsèque du plan et du sujet filmé. D'ailleurs en parlant de beauté :

L'amour avant tout

J'ai auparavant entendu que la première chose qu'un cinéaste filme c'est le visage d'une fille que celui-ci trouve particulièrement trouve belle. Je ne sais pas si cela est vrai, en revanche, sous la caméra de Carax, on retrouve une Juliette Binoche, coupe au carré, resplendissante. Au-delà de l'esthétique même c'est l'histoire qui se porte comme ode à l'amour. Je vous disais plus haut avoir mal compris le film, et effectivement, le scénario n'est que prétexte. La métaphore du virus existe effectivement, mais n'est que très peu mise en avant, de même que cette comète de Halley. Ce ne sont que des prétextes à la rencontre entre deux âmes, ou aux retrouvailles de deux autres. Une fois assimilé, le voyage ne sera que bien plus plaisant.

Une technique somptueuse, une technique imaginative

Je n'ai pas grand-chose à dire sur ce point. Il suffit de regarder pour comprendre. Carax sait pertinemment que son film est relativement lent d’où la présence de scènes fulgurantes qui rabiboche le plus endormi des spectateurs.

Saut en parachute digne d'un mission impossible, magnifique traveling ou Lavant passe de passif à actif cherchant à rattraper le cadre, etc.


Un dé-cadrage par ci, un dé-cadrage par là, un traveling de droite à gauche, un autre de gauche à droite. Un zoom par ci, un flou artistique par là. Une photographie sombre et pesante, une autre heureuse et lumineuse. On est face à un éventail de technique, jamais dans l'abus.

Le casting avec un jeu poétique jamais dans l'abus. La musique qui sait se faire discrète quand il le faut, tout comme elle sait quand donner un coup de fouet. On retrouve notre lot de plans iconiques et de références aussi littéraires qu’artistiques, de même que des dialogues qu'on dirait sorti d'un recueil de poèmes. Tout y est aux petits oignons.

Pour autant

J'aurais aimé que le scénario soit plus exploité que cela, qu'importe si celui-ci n'est que prétexte. On ressent le potentiel fou que ce pitch aurait pu donner. Que la maladie ou ses conséquences soient plus exploitées, de même que le rapport à la comète. C'est lyrique, c'est poétique, métaphorique, mais ce n'est malheureusement pas utilisé.

La fin m'a aussi un peu déçu. De l'esthétique soignée de la nuit que dégage la grande partie du film, on passe à des plans de jours plutôt plats. De plus je ne comprends pas l'utilité de certaines scènes tels que

Entre autres, pourquoi tuer l'Américaine ? En quoi cette course poursuite est-elle utile ? J'ai trouvé la mise en scène de ce moment très kitch tel lors du visionnage d'un ancien James Bond. La Juliette Binoche qui court dans la prairie est un plan métaphoriquement beau, mais qui me laisse un peu de marbre par rapport à ce que nous à déjà proposé le le film auparavant


N'empêche que cela reste une œuvre à voir, à revoir qui se laisse apprécier du moment que l'on fait l'effort pour la comprendre, surtout si vous possédez l'âme du poète. Allez-y vite, avant que la mélancolie s'empare de tout.

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EpsicrOnn

EpsicrOnn
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