Frontières du Mâle

Avis sur Max et les Ferrailleurs

Avatar PhyleasFogg
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Une histoire d'hommes.
D'un flic à tout prix obsédé par l'idée de réussir un 'flag,'
et d'une bande de types traînant du côté de Nanterre, vaguement ferrailleurs,
plutôt traîne-savates sympathiques.
Un Caïn d'allure bourgeoise, l'air méprisant, le teint blafard du clown triste sachant au fond de lui même avoir raté sa vie, face à un Abel doté de tous les attributs du looser. "Dix ans dans la légion pour rien tu te rends compte".Fauché, et dont la copine est une pute sans qu'il soit son mac. Minable quoi. Il l' attend gentiment le soir dans leur HLM quand elle revient de son turbin.
Les Trente Glorieuses sont passés par là avec leur rêve factice d'argent facile, la bande d'Abel est passée à côté des révoltes de la jeunesse de 1968.Des petits loufiats exploités par un type plus malin qu'eux, ce qui donne une idée à Max le solitaire.
Il va leur faire monter un casse et les cueillir. il ne sait pas comment.
Lily, la pute, sera l’instrument.
Encore et toujours hanté par le film noir, ressuscitant les engrenages de la tragédie, le Destin, Sautet filme avec brio les contrastes et les rouages façon deus ex machina, et puis sans crier au milieu du film, en une scène magistrale, il brise la statue du commandeur Max, du Dom Juan/Piccoli ( Téléfilm magistral de Marcel Bluwal en 1965, Philippe Léotard composant un Sganarelle plus effacé que Claude Brasseur hélas... ). Le Mâle après avoir franchi la frontière du Mal, tombe amoureux de la pute( et nous de Romy schneider ). Il la prend en photo pour le lui avouer.

Fausse acmé du holp up, avec petit suspens retardé sans conséquence, et puis la tension remonte brutalement. Un rouage de la machination fait des siennes et Sautet magistralement révèle l' étendue des dégâts au spectateur, à Lily, au supérieur et au valet de Max.

"Il a rejoint ceux qu'il poursuivait dans le trou où il voulait les mettre."

Sautet fait éclater son talent à faire le portrait de groupes, des individus à l'intérieur d'un groupe, et il révèle son âme de moraliste du XVIIème siècle hanté par la condition de l' Homme. S'ouvrir aux autres au risque de se perdre.

Nelly et Monsieur Arnaud, son dernier film pourrait en être le testament.

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