Dérangeant...

Avis sur Megan Is Missing

Avatar Bruno Watelet
Critique publiée par le

La vision de ce film m'a donné l'envie de m'inscrire ici et d'y déposer ma petite critique personnelle afin de la partager avec vous.

J'ai trouvé "Megan is missing" sur un site de streaming, en VOSTF sans jamais en avoir entendu parler auparavant. Je recherchais un film d'horreur-épouvante et il se trouvait dans cette catégorie, même si, pour moi, il pourrait figurer également dans les drames.

Je ne vais pas faire un rappel détaillé de l'histoire, on suit deux amies de 14 ans hyper-connectées et assez différentes l'une de l'autre, ce qui leur permet d'être complémentaires et de vraies amies.
Après avoir rencontré un homme sur le net, Megan disparaît et son amie Amy ne tardera pas à suivre en voulant mener son enquête.

La première partie du film sert à nous présenter ses deux "héroïnes", aussi inséparables que différentes. Megan a des rapports difficiles avec sa mère, a subit des attouchements dans son enfance et est assez populaires dans son école. Adolescente dans l'air du temps, elle se situe entre deux eaux, consciente que sa meilleure amie est ce que toutes bonnes filles devraient être (elle dit même qu'elle souhaiterait être Amy quand elle grandira) mais cédant aux fêtes, drogues et autres faces noires de cette partie de la vie où l'on se cherche. Un personnage plus profond qu'il n'y paraît, un peu comme toutes ces filles si superficielles qui peuvent parfois surprendre en cachant une personnalité bien plus humaine que ce qu'elle ne laissent entrevoir. Une identité que certaines personnes se donnent dans une société où le paraître prend malheureusement souvent le pas sur l'être.
De l'autre côté, on a Amy qui semble si lisse mais qui ne l'est pas tant que ça, puisqu'elle désire ressembler davantage à sa meilleure amie qu'elle admire. Sa moralité l'empêche d'aller plus loin, dégoûtée par sa nature de voir ce que le sexe peut être ainsi que le comportement parfois débridé de la jeunesse actuelle.

Là où le film est fort, c'est qu'il ne juge pas. Il balance telles quelles les images sans se soucier de la barrière de ce qui est bien ou mal. Chaque acte de Megan semble "justifié", tout comme ceux d'Amy qui sont pourtant opposés. On se retrouve alors devant la première caractéristique horrifique du film, et pour moi la meilleure : son réalisme.

Ce que l'on voit, c'est la décadence d'une certaine jeunesse (ne stigmatisons pas en faisant des généralités) en mal de repères qui s'approprient ses codes et sa façon de fonctionner. Les choses peuvent se passer comme cela et c'est d'autant plus terrifiant que c'est rentré dans les moeurs, que c'est "banal".

Cette grande première partie (près d'une heure sur un film de 1h25) est évidemment primordiale parce qu'elle va permettre aux spectateurs de s'attacher aux deux filles qui nouent une relation amicale sincère et servie par deux talentueuses actrices. Vient ensuite la disparition de Megan et le malaise pur peut commencer.

Car si l'horreur en question dans ce film n'est pas forcément graphique (à quelques rares exceptions près), elle est essentiellement provoquée par notre empathie envers les victimes et l'ambiance glauque et poisseuse de la situation. On parvient sans mal à se glisser dans la peau des victimes et chaque seconde des 20 dernières minutes sont une torture mentale.

Exit les geysers de sang exagérés, ici on est dans la brutalité réelle et humaine et c'est bien plus terrifiant. Savoir que des individus sont capables de telles atrocités dans notre monde et que personne n'est à l'abri est une source inépuisable de terreur.

SPOILER : La scène du viol, caméra immobile, centrée sur le visage d'Amy est tout simplement aussi indigeste que celle du film "Irréversible". Les photos de Megan postées par le kidnappeur sont ultra réalistes et donnent froid dans le dos. Et que dire des dix dernières minutes qui sont, à mon sens, un coup de génie. On n'en peut plus, on veut que ça s'arrête, mais la longueur de la scène et l'inévitable final pour Amy font que l'on a envie de crier "s'il te plait, arrête"... Je me suis senti comme enfermé dans ce tonneau bleu...

Au niveau de la mise en images, la réalisation s'est portée vers le style "found footage". Mais pas le genre de caméra à l'épaule dégueulasse, non. On voit la vie d'Amy et Megan à travers leur connectivité : téléphone, caméra, web-cam. On les observe et c'est également une idée ingénieuse. On a l'impression d'être avec et l'immersion est d'autant plus forte.

Cette sensation est encore plus renforcée dans les moments où les filles discutent en ligne avec "Josh". Nous somme le voyeur face aux victimes. C'est assez déstabilisant.

Quelques passages filmés comme si l'on regardait une réelle émission de télévision sur les cas de disparition et des extraits de journaux télévisés finissent cette mise en abîme qui est tout simplement excellente à mes yeux tant elle fait ressortir le côté réaliste du film.

Moi qui ne m'attendait à rien, j'ai été secoué et je ne regrette pas d'avoir lancé ce film

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