Chronique d'été

Avis sur Mektoub, My Love : Canto uno

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Nous voici ramenés il y a vingt-cinq ans à Sète, en plein été, en compagnie d’une bande de jeunes gens que nous allons apprendre à connaître. Dès les premières minutes du film, Kechiche prend le spectateur de court avec, directement, une scène de sexe entre Ophélie et Tony, à laquelle Amin, comme nous, va assister de manière purement hasardeuse. Mais la curiosité est trop forte, et le regard, insistant, va se fixer sur cette vue jusqu’à la fin de l’acte. Ce sera, pourtant, la seule fois où du sexe sera exposé de manière explicite. Car si ce dernier est souvent très présent dans les pensées des personnages, c’est par son absence qu’il va se distinguer, cristallisant toutes les tensions et les passions entre les membres de cette bande d’amis qui profite de la chaleur de l’été.

Kechiche a beau avoir semblé désamorcer la situation d’emblée, il ne fait que donner à cet été encore plus de chaleur et d’électricité. Il nous expose le tableau d’un été de jeunesse par excellence : les maillots de bain, les soirées arrosées, et les amourettes. On s’amuse, on se cherche, on danse, on se dispute… Kechiche donne ici vie à une riche palette de personnages superbement écrits, on ne peut plus vivants et authentiques. C’est, sans aucun doute, la plus grande des qualités de Mektoub, My Love : Canto Uno, qui mise sur la spontanéité et la fraîcheur de ses acteurs et actrices pour capturer des instants de vie dans lesquels le spectateur peut se projeter. Les séquences sont souvent longues, donnant lieu à de longues discussions, où les acteurs font preuve d’un naturel impressionnant et d’une alchimie exemplaire. Mais, en dépit de ce rythme relativement lent, impossible de ne pas se laisser emporter par ce récit par lequel on ne peut que se sentir concerné.

Kechiche s’attarde souvent sur les corps, surtout les corps féminins, invoquant le fantasme, suscitant l’émoi chez les personnages, ou chez le spectateur qui pourra se reconnaître dans certaines situations. En effet, cet été est le théâtre de passions et de tentations, qui font le bonheur des dragueurs, mais aussi des individus plus timides, comme Amin, dans lequel le cinéaste se projette, et auquel je me suis également beaucoup identifié dans le film. Amin est présenté comme relativement maladroit, sans mauvaises intentions, mais également soumis à ses envies et à ces passions, sauf que son côté sage et gauche le laisse toujours à l’écart. Il écrit des scénarios, il prend des photos, c’est un observateur qui raconte le monde sans avoir le réel besoin d’être visible. Il ne se conforme pas forcément à ce que l’on voudrait qu’il fasse, à l’image de sa mère qui l’incite à sortir plutôt qu’à regarder des films, ou Ophélie qui lui dit de danser en boîte, alors qu’il préfère rester à l’écart, toujours à la place du spectateur. Alors, à travers les yeux d’Amin, nous voyons aussi, nous imaginons, et nous remémorons ces instants que nous avons également vécus, où tout semblait possible, où l’on se permettait de repousser nos limites.

Mektoub, My Love : Canto Uno est une chronique d’été riche en personnages incroyablement vivants, capturant des instants de vie qui nous parlent tous avec une authenticité impressionnante. Le récit de l’embrasement estival des cœurs et des corps, des fantasmes et des souvenirs. Je me suis beaucoup reconnu dans le personnage d’Amin, surtout pour son côté en retrait, celui du copain un peu sage qui ne se lâche pas ou qui n’ose pas, toujours observateur mais pas acteur, trop maladroit pour être vraiment pris au sérieux. La durée de presque trois heures pouvait légitimement faire peur, mais malgré le rythme et la longueur des séquences, pas le moindre sentiment d’ennui. C’est juste beau, d’une très grande justesse, spontané, et capable de toutes et tous nous toucher.

Critique écrite pour A la rencontre du Septième Art

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