La mélancolie de l'être et l'ennui existentiel lors d'un film de deux heures

Avis sur Melancholia

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C'est depuis bien longtemps que Von Trier nous avait habitués à voir des personnages détestables, des gens mesquins, sans valeur, qui se blessent les uns les autres juste pour obtenir une miette de plus. Mais, pour une fois, la presse cinématographique nous garantissait que non, que, pour une fois dans sa filmographie, nous allions avoir l'occasion de contempler un personnage pour lequel Von Trier avait enfin éprouver une forme d'affection.

Le film s'ouvre avec grandiloquence sur un air que tout le monde adore, et pourtant bien connu : j'ai nommé l'introduction qui prend le plus au tripes dans toute l'histoire de l'opéra, Tristan und Isolde de Wagner. Peut-être Von Trier voulait-il égaler la puissance d'Apocalypse Now ? Quoi qu'il en soit, le résultat est une succession de plans ultraaaaaaa-ah-aah-ah-raaaaleeeeentiiiiiiiiiiiis tout droits sortis de l'imagination d'un photographe pour Elle Magazine, qui s'articulent avec une subtilité stupéfiante : Dunst s'empêtre dans des lianes et dans un marécage, affublée d'une robe de mariée, sur fond d'angoisse existentielle. On l'aura compris, c'est l'histoire d'une angoissée du mariage et de la vie en général. Merci beaucoup pour ce quart d'heure de dix images fort pédagogiques.

Incursion ensuite dans la réalité bien moins flottante et hypnotique de la vie de la très malheureuse protagoniste principale, qui se marie dans le château du mari de sa soeur, qui se plie en quatre pour tout organiser du mieux qu'elle peut, tandis que le mari se montre un tantinet méprisant (vous avez détecté la couille molle de service). Il va sans dire que Dunst, morte de trouille devant son futur mari à elle (une sorte de roux insipide dont on se demande comment il est en arrivé là), va tout faire pour faire en sorte que son mariage devienne le scandale du troisième millénaire, insultant tout le monde, disparaissant, s'enfermant dans la salle de bains pour pleurnicher et même faire pipi sur le gazon du terrain de golf. C'est une heure de cirque ininterrompu, avec caméra à l'épaule façon parkinson à l'appui, et ça gigote, et ça discourt, et Dunst se montre tellement plus authentique que tous ces pourris endimanchés en leur montrant bien qu'elle est terriblement malheureuse et qu'ils sont des monstres de ne pas le voir, et Von Trier nous prouve tellement que, nooon, il n'est pas simpliste, il est simplement réaliste et le monde entier devrait avoir un peu plus d'indulgence pour ce qu'il appelle les "mélancoliques", au lieu de rester tétanisé, comme la pauvre soeur incarnée par Charlotte Gainsbourg, devant l'égoïsme abyssal et hautain de ces derniers.

La seconde partie du film se concentre plus sur Gainsbourg, la soeur, qui, d'habitude très pieds-sur-terre, commence à angoisser affreusement lorsqu'elle découvre que la méga-planète Melancholia (subtilité quant tu nous tiens) s'apprête à s'écraser sur la planète Terre (enfin, c'est plutôt la Terre qui s'écrase dessus, si on veut bien tenir compte des proportions). Evidemment, comme il s'agit d'une personne non-mélancholique et donc très attachée à sa misérable existence, elle vit, comme tout le monde, dans le déni, se persuadant que la giga-planète ne fera que passer à côté de l'orbite terrestre... Point de vue qui ne manque pas de susciter un mépris infini de la part de la mélancolique Kirsten Dunst, qui a un malin plaisir à se sentir beaucoup mieux que tout le monde à la veille de l'apocalypse et à insinuer à sa pauvre soeur qu'elle va mourir.

Dit comme ça, le scénario peut encore ne pas paraître trop mauvais, mais le traitement complaisant envers ce personnage insupportable, en plus de la longueur poseuse de nombreuses scènes, la nuit, dans les jardins du château, censées nous démontrer la supériorité poétique des âmes pétries de mélancolie par rapport à la bassesse de l'existence des pragmatiques qui vivent hors de leur instinct et ne comprennent jamais rien, devient très rapidement agaçant (ce qui est fort embêtant pour un film de deux heures).

En conclusion, tout ce bazar aura fait beaucoup de bruit pour rien, ou pas grand-chose. Surfer pendant deux heures sur une seule idée, même en y rajoutant de bons acteurs et de jolies images, ne suffit pas pour faire un film. Du reste, si la seconde partie est bien plus réussie que la première, qui n'avait pour autre objectif que de nous faire comprendre en une heure de temps que la protagoniste principale est maniaco-dépressive (merci, on n'aurait pas compris autrement) , elle n'en demeure pas moins faible et peu crédible. Un résultat consternant pour un film que je me faisais une joie de voir au cinéma.

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