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También los bolivianos.

Avis sur Même la pluie

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Critique publiée par le

Ça me démangeait d'en parler. Mais je ne pouvais pas décemment le faire sans le revisionner.
J'ai acheté le Blu-ray, c'est chose faite.

Il faut que je vous situe le contexte dans lequel je l'ai vu pour la première fois. J'avais déjà dans les jambes plus de sept mois de voyage en Amérique du Sud. J'étais en Bolivie depuis plus de deux mois. J'avais côtoyé des boliviens, vu des manifestations, j'avais, sous les regards peu accueillants des habitants, mis les pieds dans des villages comme celui du film, sans eau courante; ça se résume en deux mots: tiers monde.

Et, alors que j'étais dans une auberge de jeunesse à La Paz, un français me donne ce film en fichier téléchargé. Je le regarde ensuite sur mon petit ordi portable.

Le contexte de visionnage compte pour beaucoup, il fallait donc que vous sachiez tout cela pour comprendre à quel point ce film a été une énorme claque pour moi. Et de le redécouvrir chez moi, dans le sud de la France, ne m'a pas empêché de l'apprécier tout autant. J'ai aussi la chance de très bien parler espagnol et de pouvoir apprécier la VO sans sous-titres. Mine de rien, c'est agréable.

Je trouve beaucoup de critiques très injustes, notamment une dont je ne citerai pas l'auteur, mais qui dit que ce film suit les codes d'une grosse prod américaine, voulant faire trop de spectacle au lieu de dénoncer.
Qui sait, peut-être aurais-je approuvé dans une autre vie, si je l’avais vu avec des intellos dans un appart parisien. Mais ce n'est pas le cas, et ma réaction à cette critique fut plutôt: "MAIS IL DIT N' IMPORTE QUOI CELUI-LÀ!"
NON, ce film ne calque aucunement les codes hollywoodiens! C'est bien du cinéma espagnol que l'on a ici! Et du bon! Oui, monsieur!

Mais restons calme; parlons de l'histoire. Ce film repose principalement sur deux parallèles:

-Le parallèle entre un duo réalisateur/producteur et leur équipe d'artistes espagnols, et les acteurs boliviens qu'ils engagent sur place pour jouer dans leur film.
D'un côté, les occidentaux, dont le seul but est de mener à bien leur projet malgré un budget serré, de l'autre, des boliviens miséreux à qui on coupe les réserves d'eau de pluie (oui, même la pluie!).
parallèle donc entre la fibre artistique, concrètement inutile, et la dure réalité, en faveur de laquelle aucun producteur ne voudrait placer son argent.

-Le parallèle temporel entre le film que Costa et Sebastián sont venus tourner: un film sur l'arrivée de Christophe Colon en Amérique du Sud, et le drame contemporain qui se déroule dans le lieu du tournage: le gouvernement qui coupe l'eau des villageois.

Mais hormis ces évidences, il y a dans ce film quelque chose d'encore plus intéressant: un portrait des boliviens, plus vrai que nature -je peux vous l'assurer pour avoir eu la chance de les connaître.

[SPOILER (mais pas trop)]
Deux scènes m'ont particulièrement marqué:
Lors du tournage, il est demandé à des actrices boliviennes de faire semblant de noyer leur bébé (en remplaçant ces derniers par des poupons entre deux prises). Celles-ci refusent catégoriquement. Pied à terre, Daniel, bolivien protagoniste du film, explique stoïquement au réalisateur: "il y à des choses plus importantes que ton film".

Et puis il y a cette scène surréaliste des policiers qui viennent chercher Daniel, alors que celui-ci achève de tourner sa dernière scène. Scène forte s'il en est, car il est brûlé sur un bûcher sous les yeux d'un homme d'église effarouché et des conquistadors impitoyables. En découle un combat entre les boliviens habillés en indigènes et les policiers.
[FIN SPOILER (mais pas trop]

Au final, pas de manichéisme: le film n'est en faveur ni des artistes, ni des boliviens, ni du gouvernement. Tous portent leur part d'humanité et de faiblesse.

Autre point fort: la bande son d' Alberto Iglesias (que j'écoute en écrivant tout ceci). Mystique, douce, discrète et épique à la fois, elle porte certaines scènes fortes, augmentant leur intensité du moment et le rythme de l'ensemble.

Tout cela donne, à mon sens, un film d'un rare réalisme, d'une rare crédibilité (on croirait presque voir un documentaire, c'est bluffant), qui aborde un pays en souffrance dont on ne parle jamais.

J'ai failli mettre ce film dans mon top 10, je reviendrai sans doute sur cette décision.

Si vous le regardez après avoir lu mon avis, je crains que vous ne soyez déçu. Pourtant une partie de moi espère que ce n'est pas seulement grâce à mon vécu que je l'aime, et qu'il contient vraiment les qualités sus-citées.

Et surtout, merci d'avoir lu jusqu'au bout.

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