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Avis sur Métamorphoses

Avatar Clément en Marinière
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Nous y sommes. Les dieux descendent sur Terre afin de repeupler le zoo de Vincennes. Moins exceptionnellement, Christophe Honoré repasse derrière la caméra, et réussit l'exploit, une fois n'est pas coutume, de justifier à peu près toutes les médisances formulées à l'égard du cinéma français en un peu moins de deux heures de cinéma balourd, pédant, pseudo-esthétisant et saturé de corps nus dont la beauté n'a souvent d'égal que le manque absolu de sens à l'image. La direction d'acteur frise le néant, et la plupart des scènes évoquent le théâtre subventionné : les comédiens, livrés à eux-mêmes et à des dialogues indigents, abandonnés du cinéaste, n'ont alors plus que leur charisme pour les départager. Mécanisme à double tranchant, qui permet à Damien Chapelle de craquer quelques belles allumettes tout en ne jouant pas moins faux que ses compagnons d'infortune, et, à l'opposé du spectre, à Sébastien Hirel d'incarner le Jupiter le moins charismatique de l'histoire de la mythologie latine. Le reste relève, pour ainsi dire, de la figuration, en général abandonnée à de charmants hipsters à la chevelure soyeuse et aux yeux gris ou à de non moins charmantes donzelles à forte poitrine, dont le rôle se limite en général à soliloquer, nus, sur le sens de la vie, ou alors, lorsqu'il n'ont pas de dialogues, à enfourner leur parties génitales entre des pousses de bambou ou à planifier des rixes en imperméables Pimkie.

Le manque de moyens n'aide évidemment pas, et se figurer les fameuses Métamorphoses du titre demandera une grosse dose d'imagination, quoi que la caméra n'hésite pas à s'attarder sur elles et sur les mines constipées qui vont avec pendant de très, très, très longues secondes. La contextualisation contemporaine n'apporte strictement rien au récit, la bande-originale mêlant classique, thèmes hollywoodiens et pop douce n'a aucune cohérence, et la mise en scène, affreusement inégale, s'apparente à celle d'un film à sketch financé par un quelconque frac de campagne. Métamorphoses est donc un échec à tous les étages, une sorte de terreur de cinéma contemporain qui réveille à peu près tous les pires démons du cinéma de Christophe Honoré, heureusement toujours aussi risible. Quelques jolies images relèvent la mise, par instants, pour n'être au final que mieux achevées par les relents légèrement misogynes et racistes du scénario (le père d'Europe et la scène dans la cité, notamment) qui démontrent sans le vouloir l'étroitesse de vue de cette adaptation contemporaine d'Ovide : ancien ne veut pas nécessairement dire hermétique, et jamais Christophe Honoré ne rend justice à la modernité philosophique de certaines de ces légendes latines. En traitant son sujet a minima, et en favorisant l’exercice de style, Christophe Honoré se perd dans la superficialité et le jeunisme complaisant, filmant par là, longuement, une foule de paire de sneakers, en train de battre lourdement le pavé d'un terrain de basket.

Mais que des sneakers démodées. CQFD.

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