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Métamorphoses par sushimo

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Je ne suis pas du tout mécontente de ce film que tout le monde démonte de concert avec une voix si univoque qu’elle me semble suspecte. Ce n’est pas parce que c’est un texte antique qu’il faut hurler au sacrilège dès qu’un contemporain a la prétention de vouloir transposer !

Ce film est un laboratoire un peu à l’arrache, un peu désinvolte, certes. Mais, il y a de l’audace, des histoires imbriquées, des paysages plaisants, du sexe cru et de l’hémoglobine, des hermaphrodites et beaucoup de gens qui se baladent cul-nu. Ce film suppose une connaissance des mythes et de quelques notions de culture antique. Sinon, le spectateur risque l’ennui à coup sûr doublé d’un sentiment d’absurdité.

Une transposition moderne

La modernisation est assez réussie, même si elle a été pas mal critiquée Faire boire de la kro à et fumer des clopes à Bacchus, est d’actualité. Les vêtements bobo-moche de Junon, et la tronche hipster de Zeus : cheveu soyeux et barbe de trois jours : tout cela fait partie de la jeunesse moderne, donc rien à redire. Narcisse est un ado qui se jette du haut d’une tour de sa cité. Le devin des Tirésias est un médecin. Pourquoi pas ? Honoré est bien parvenu à donner une image de notre société tout en peignant en marge de celle-ci l’univers des dieux et des métamorphoses.

Un film trop long, cependant,

Il y a un fil directeur qui est assuré par la présence d’Europe qui se laisse porter de rencontre en rencontre. Ce fil directeur ne suffit pas vu la multiplicité des mythes juxtaposés. Aussi, le réalisateur s’attarde longuement sur quelques scènes. La scène érotique où Atalante et Hippomène copulent dans le temple de Cybèle, m’a semblé trop étendue avec plan très très long qui montre Atalante secouée de spasmes orgasmiques pendant 3 minutes. Même reproche lorsqu’Orphée et ses compères se font trucider : on insiste aussi lourdement sur le massacre. Et chaque image semble nous dire : « on a passé plein de temps à reconstituer ce massacre avec réalisme : il faut exploiter ça à fond ». Ces deux scènes m’ont lassée et ennuyée.

Mais, de la beauté avant toute chose !

Ce film m’a plu car j’y ai vu la beauté et l’harmonie. Ce que j’en retiens, ce sont des moments de grâce.
La nature est assez belle, et le choix de tourner en Languedoc Roussillon est heureux. Toutes les scènes de baignade sont un régal. On y trouve une nudité assumée et des corps ensoleillés sur de belles plages dans les tons bleu-vert et jaune-sable-argile. Très beau, très accueillant, même lorsque la baignade tourne mal (dans le cas d’Hermaphrodite (le bel éphèbe) qui se retrouve piégé par Salmacis, la nymphe collante).
La scène de séduction entre Atalante et Hypomène est pleine de fraîcheur. On y trouve un hippomène clownesque, dont la gestuelle fait penser au déplacement « parkour ». Du désir et de la frivolité dans cet épisode très connu de la mythologie où les deux protagonistes s’affrontent à la course.
J’ai aussi particulièrement aimé la séquence où Orphée ramène Eurydice des enfers. Honoré à choisi de tourner cette scène sous l’eau dans une eau sombre et menaçante. Et pour ceux qui connaissent le mythe, le choix de montrer en flash back la tragique histoire des deux amants. C’est à la fois beau et déchirant, et Eurydice échappe à Orphée.
On sent un plaisir paradoxal à montrer du nu. Jusque dans des moments un peu gratuits mais puissants : par exemple lorsque les bacchantes partent chasser et se repaissent de chair fraîche.
Globalement, les corps féminins choisis par Christophe Honorés sont beaux au soleil et entourés de végétation, même si ce ne sont pas les corps parfaits que l’on a l’habitude de voir au cinéma.

C’est un vieux fantasme pour quiconque a aimé les mythes que de leur donner corps. Chacun a sa vision du mythe, et on ne peut pas en vouloir à un réalisateur de nous imposer sa vision. Je suis plutôt contente de ce que j’ai vu. Vive l'Antiquité revue et réinventée !

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