Maman, à quoi tu penses ? A demain

Avis sur Mia Madre

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Étant une grosse feignasse, je ne ponds plus beaucoup de critiques mais arrivé au terme de ces 107 minutes, je ne pouvais faire autrement que de vous dire pourquoi il est OBLIGATOIRE de voir ce "Mia Madre".

La première réflexion qui m'est venue à l'esprit à peine le générique de fin achevé a été la suivante : "Si je devais choisir un film pour définir SensCritique, ce serait celui-ci." 

Qu'est-ce que SensCritique ? Un lieu de partage, de transmission, de déclaration d'amour à la culture mais aussi aux membres de notre petite communauté. Qu'est-ce que notre collection, nos listes, nos critiques si ce n'est un héritage que nous laisserons derrière nous, et dans lequel chacun peut et pourra, même après notre disparition réelle ou virtuelle, venir piocher ce qu'il désire.

Et justement, avec ce sublime dernier film, Moretti nous parle de ça, de la nécessité absolue de fournir le bagage intellectuel et donc moral à son prochain, de la puissance des mots à travers l'image d'une main caressant des livres, de la force de l'art capable de tenir à flot son alter-ego féminin (Magistrale Margherita Buy), se raccrochant au tournage plus que chaotique de son film comme à une bouée qui lui évitera de sombrer dans les abîmes du chagrin sur le point de l'engloutir à chaque instant. Pendant que sa mère se dirige vers la mort, elle donne la vie en créant une nouvelle œuvre.

Là où tant de manipulateurs vous ordonnent de pleurer, Moretti fait se mêler les rires aux larmes, parle comme à son habitude d'amour avec un grand A , de la perte, de sa petite histoire pour mieux conter la grande, celle de son pays aussi malade qu sa "Madre", annule par sa mise en scène d'une sobriété sans concession le moindre effet de pathos, pas une image n'est de trop, pas un mot n'est superflu, pas une note de musique ne vient surligner la douleur qui affleure, ne se servant des compositions d'Arvo Pärt, Leonard Cohen ou Ólafur Arnalds que comme d'un simple écrin venant épouser les sentiments des protagonistes.

De son film le plus autobiographique, le terrible Nanni accouche finalement de son récit le plus universel, qui devrait parler à tout être vertébré normalement constitué.

Les dernières scènes sont à couper le souffle, nous parlent de transcendance, d'une femme qui ne mourra jamais car elle aura toute sa vie durant donner le savoir, de la sérénité qui étreint le chagrin, symbolisé par le plan selon moi le plus émouvant du film, quand Margherita / Nanni remet en place le fauteuil du bureau de sa mère, délicatement, apaisée. Un fauteuil où ne s’assiéra plus jamais Ada mais où vivront éternellement son âme, ses paroles à jamais gravées dans les cerveaux et les cœurs de ceux qui auront eu la chance de la rencontrer.

Merci Nanni, toi l'italien survolté de service, de nous avoir offert ce cadeau inoubliable. Ta mère t'avait donné son amour, son savoir, et c'est à ton tour d'en faire de même avec nous, simples spectateurs. Ton "Mia Madre" est donc ton cœur, ton héritage, et tu es encore plus beau dans la douceur que dans la rage.

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