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Un danois dans les Cévennes

Avis sur Michael Kohlhaas

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Film qui a su retenir l'attention en 2013 par son casting international, et pourtant j'imagine le choc que cela a pu être pour ceux qui s'attendaient à du Braveheart...
La réalisation d'Arnaud des Pallières est très austère et l'histoire lente, le roman (ou novella) touffu de Kleist a été épuré pour en tirer un western cévenol où un marchand de chevaux se rebelle contre les seigneurs locaux.
Michel Kohlhaas n'est pourtant pas un Robin des bois ni un Guillaume Tell. Il a des raisons de se rebeller mais va très loin, jusqu'à attaquer et brûler une abbaye du moment qu'il sait que son adversaire s'y est réfugié.
Le début du film est assez réussi : là où le roman ne s'appesantissait guère sur les raisons de Kohlhaas de se rebeller, des Pallières y donne davantage corps, montre la vie auprès de ses chevaux et du métier qu'il essaie de transmettre à sa fille.
Globalement il y a à mon sens presque autant matière à fascination qu'à perplexité dans le film : les images de l'attaque de l'abbaye, l'attente dans la brume avant l'attaque, les escarmouches dans un val des Cévennes restent fortes. Mais tout le casting n'est pas forcément au diapason de sa tête d'affiche, je pense à Sergi Lopez et à d'autres acteurs encore qui ont du mal à être crédibles surtout vu le peu de dialogues avec lesquels ils doivent se dépatouiller.
Et au-delà, je pense que le film est avant tout victime du travail d'adaptation : oui, la deuxième moitié du roman de Kleist est difficile à suivre et je comprends tout-à-fait qu'Arnaud des Pallières se soit débarrassé de l'enquête et des aspects juridiques spécifiquement allemands (mais qui passionnèrent jusqu'à Kafka), mais le problème c'est que... .... ... il n'a rien mis à la place.
Je crois pourtant qu'il aurait pu en prendre des bouts, comme cette histoire avec la bohémienne, presque incongrue et manquant de basculer dans le fantastique (ce pourrait être la femme de Kohlhaas même si le doute subsiste), mais qui aurait pu contrebalancer l'austérité générale de la réalisation. Kleist c'est aussi souvent un jeu d'opposition dont on peut regretter qu'il ait disparu ici.
Au lieu de quoi le dernier tiers du film est malheureusement assez vide. Il y a bien cette transmission entre le père et sa fille (Kohlhaas a plusieurs fils dans le roman, et ils ne sont guère évoqués qu'à la fin) mais c'est assez mince, et l'ennui qui ne faisait jusque-là que planer au loin finit par s'abattre irrémédiablement sur le spectateur... on se consolera en se disant que notre danois préféré - Mads Mikkelsen bien sûr - a trouvé sans aucun doute un de ses meilleurs rôles : oui, en paysan rebelle au fin fond des cévennes, il n'a jamais été aussi charismatique.

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